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La richesse individuelle devrait-elle être plafonnée par la loi ?

Déclaration d'ouverture

Déclaration d'ouverture de l'équipe affirmative

Mesdames et Messieurs, chers juges, adversaires respectés : nous soutenons fermement que la richesse individuelle devrait être plafonnée par la loi, non par jalousie, mais par justice — non pour punir la réussite, mais pour préserver la cohésion sociale, la démocratie et l’avenir collectif.

Par « richesse individuelle », nous entendons le patrimoine net accumulé par une personne, incluant actifs financiers, immobiliers et autres biens valorisables. Par « plafonnement », nous ne prônons pas la confiscation brutale, mais l’établissement d’un seuil légal au-delà duquel toute accumulation supplémentaire serait automatiquement redirigée vers des fonds publics ou sociaux — un mécanisme comparable à un impôt marginal progressif poussé à son aboutissement logique.

Notre position repose sur trois piliers indissociables.

Premièrement, la concentration extrême de richesse corrompt la démocratie. Lorsqu’une poignée d’individus détient plus que des nations entières, leur influence sur les lois, les médias et les élections devient disproportionnée. Aux États-Unis, les 0,01 % les plus riches dépensent aujourd’hui plus en lobbying que tous les syndicats réunis. Une démocratie ne peut survivre si les urnes sont noyées sous le poids des chèques.

Deuxièmement, la richesse illimitée crée des externalités sociales toxiques. Elle alimente la spéculation foncière, creuse les inégalités d’accès à l’éducation et aux soins, et normalise un consumérisme qui accélère la crise écologique. Un yacht de 150 mètres ne transporte pas seulement des milliardaires : il transporte aussi des tonnes de CO₂, des rêves brisés et une vision du monde où l’humain vaut moins qu’un actif.

Troisièmement, plafonner la richesse n’est ni utopique ni révolutionnaire — c’est réaliste et déjà expérimenté. Dans les années 1950, les États-Unis imposaient à 91 % les revenus supérieurs à un certain seuil. Résultat ? Une croissance robuste, une classe moyenne florissante, et une innovation sans précédent. Aujourd’hui, des pays comme la Norvège utilisent des fonds souverains pour transformer la richesse collective en capital intergénérationnel. Ce n’est pas la fin du capitalisme — c’est sa mise au service du bien commun.

Certains diront : « Cela tue l’incitation à entreprendre. » Mais nous répondons : l’entrepreneuriat naît de la passion, de la nécessité, de la créativité — pas de la promesse de posséder un îlot privé dans l’espace. Plafonner la richesse, c’est redonner du sens à la réussite : non pas « combien j’ai », mais « à quoi cela sert ».


Déclaration d'ouverture de l'équipe négative

Chers juges, collègues débatteurs, public attentif : nous rejetons catégoriquement l’idée que la richesse individuelle doive être plafonnée par la loi. Non par défense des privilèges, mais par attachement à la liberté, à l’efficacité économique et à la dignité de l’individu qui crée, innove et assume ses risques.

D’abord, clarifions : la « richesse » n’est pas un coffre-fort rempli d’or, mais un flux dynamique — souvent investi, souvent risqué, souvent utile. Et le « plafonnement » n’est pas une simple ligne comptable : c’est une frontière morale arbitraire qui transforme la réussite en faute.

Notre opposition repose sur trois convictions fondamentales.

Premièrement, plafonner la richesse viole le principe de liberté individuelle. Dans une société libre, chacun doit pouvoir jouir pleinement du fruit de son travail, de son génie ou de sa chance — tant qu’il ne nuit pas à autrui. Fixer un plafond revient à dire : « Tu as assez réussi. Arrête. » C’est une forme de paternalisme économique qui infantilise les citoyens et nie leur capacité à décider de leur propre destin.

Deuxièmement, cette mesure serait économiquement contre-productive. La richesse, lorsqu’elle est bien gérée, finance l’innovation, crée des emplois et stimule la croissance. Elon Musk n’a pas construit Tesla avec un salaire de fonctionnaire. Les fonds de Jeff Bezos ont permis à des milliers de PME de vendre sur Amazon. Plafonner la richesse, c’est couper l’arbre pour sauver la feuille : on étouffe l’investissement, on décourage l’audace, et on pousse les talents à fuir vers des juridictions plus libres.

Troisièmement, le vrai problème n’est pas la richesse, mais son accès inégal aux opportunités. Plutôt que de punir ceux qui réussissent, concentrons-nous sur l’éducation gratuite de qualité, sur l’accès au capital pour les entrepreneurs modestes, sur une fiscalité juste mais non punitive. Le mal n’est pas qu’un individu possède beaucoup — c’est qu’un autre n’ait même pas de quoi rêver. La solution, ce n’est pas le plafond, c’est le tremplin.

On nous objectera : « Mais les inégalités explosent ! » Oui — mais elles explosent surtout là où les institutions sont faibles, la corruption endémique, et l’État absent. Ce n’est pas la richesse qu’il faut encadrer, c’est le pouvoir. Et le meilleur remède à l’abus, ce n’est pas la loi du plafond, c’est la force de la concurrence, de la transparence et de l’éthique.

En somme, plafonner la richesse, c’est confondre le symptôme et la maladie. Nous ne voulons pas d’une société où personne ne peut briller trop fort — nous voulons une société où chacun a la chance de briller à sa manière.


Réfutation de la déclaration d'ouverture

Réfutation de l'équipe affirmative

L’équipe négative nous a dressé un portrait séduisant : la richesse comme moteur pur de liberté, d’innovation et de dignité individuelle. Mais derrière cette rhétorique élégante se cache une vision profondément idéalisée — voire naïve — de la manière dont le pouvoir économique fonctionne dans le monde réel.

Premièrement, ils affirment que plafonner la richesse violerait la liberté individuelle. Mais quelle liberté ? Celle de posséder des îles privées pendant que des millions n’ont pas accès à l’eau potable ? La liberté ne peut exister dans le vide : elle suppose des conditions minimales d’égalité et de reconnaissance mutuelle. Or, lorsque la concentration de richesse permet à quelques-uns de façonner les lois, les médias et même les désirs collectifs, elle ne libère plus — elle assujettit. Ce n’est pas du paternalisme que de dire « assez » ; c’est de la protection démocratique. Comme le disait Rousseau : « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. » Aujourd’hui, ces fers sont souvent dorés.

Deuxièmement, leur argument économique repose sur un mythe : celui du « gâteau qui grossit pour tous ». Ils citent Musk ou Bezos comme preuves que la richesse crée des emplois. Mais combien d’emplois précaires, mal payés, sans sécurité sociale, ont été créés par Amazon ? Et combien de milliards sont stockés dans des paradis fiscaux, hors circuit productif ? Selon l’OCDE, plus de 10 000 milliards de dollars de patrimoine mondial échappent à l’impôt. Ce n’est pas de l’investissement — c’est de la thésaurisation planétaire. Plafonner la richesse ne décourage pas l’entrepreneuriat ; il redirige le capital vers des usages socialement utiles, comme l’a montré le New Deal ou les Trente Glorieuses.

Enfin, leur troisième argument — « donnons des tremplins, pas des plafonds » — est séduisant, mais creux. Car tant que les ultra-riches contrôlent les universités privées, les stages en entreprise, les réseaux d’influence et les fonds d’investissement, le tremplin sera toujours incliné en leur faveur. Vous ne pouvez pas prétendre niveliser le terrain de jeu tout en laissant une équipe posséder le stade, les arbitres et les règles du jeu.

Nous ne voulons pas punir la réussite. Nous voulons que la réussite serve autre chose que l’accumulation infinie. Et pour cela, oui, il faut une limite légale — non comme punition, mais comme garde-fou civilisationnel.


Réfutation de l'équipe négative

L’équipe affirmative nous présente le plafonnement comme une panacée morale, écologique et démocratique. Malheureusement, leur raisonnement repose sur trois confusions fondamentales entre corrélation et causalité, symptôme et maladie, et idéal et faisabilité.

Premièrement, ils affirment que la richesse corrompt la démocratie. Mais est-ce la richesse en soi, ou l’absence de régulation du lobbying et du financement politique ? Beaucoup de milliardaires — comme Warren Buffett ou MacKenzie Scott — appellent eux-mêmes à plus d’impôts. D’autres, comme Bernard Arnault ou Amancio Ortega, restent politiquement discrets. Le problème n’est donc pas la richesse, mais l’opacité des canaux d’influence. Plutôt que de plafonner le patrimoine, régulons les campagnes électorales, interdisons les donations anonymes, imposons la transparence totale. Sinon, vous risquez de punir le philanthrope au même titre que le spéculateur.

Deuxièmement, leur critique des « externalités toxiques » confond richesse et consommation ostentatoire. Un milliardaire peut vivre modestement et investir dans l’énergie verte — comme Bill Gates le fait via ses fonds de recherche. À l’inverse, un État autoritaire peut détruire l’environnement sans qu’aucun individu ne soit riche (pensez à l’ex-URSS). La solution n’est pas de limiter le patrimoine, mais de taxer les comportements nuisibles : carbone, déchets, spéculation foncière. Ciblez les actes, pas les comptes en banque.

Troisièmement, leur référence aux années 1950 est trompeuse. Oui, les États-Unis imposaient jusqu’à 91 % les revenus marginaux — mais cela concernait essentiellement les salaires et dividendes, pas le patrimoine accumulé. Et surtout, ces taux élevés coexistaient avec d’énormes échappatoires : trusts familiaux, valorisation différée, paradis fiscaux naissants. Aujourd’hui, dans un monde globalisé, un plafond national serait contourné en un clic : transfert de résidence, création de sociétés offshore, donation anticipée. Résultat ? Vous appauvrissez l’État, pas les riches. La Norvège fonctionne parce qu’elle gère une ressource collective (le pétrole), pas parce qu’elle plafonne les individus.

Enfin, leur vision de l’entrepreneuriat comme pure altruisme est touchante… mais irréaliste. Si demain, un inventeur sait qu’au-delà de 50 millions d’euros, tout lui sera confisqué, pourquoi lever des fonds, prendre des risques, travailler 80 heures par semaine ? L’incitation matérielle n’est pas le seul moteur, mais elle est nécessaire dans un système capitaliste. Supprimez-la, et vous tuez non pas les yachts, mais les start-ups qui pourraient guérir le cancer ou sauver le climat.

Plafonner la richesse, c’est vouloir soigner la fièvre en tuant le patient. Nous préférons soigner le système — pas ses symptômes.


Contre-interrogatoire

Contre-interrogatoire de l'équipe affirmative

Troisième orateur de l’équipe affirmative (ton calme, regard fixe) :
« Premier orateur de l’équipe négative, vous avez affirmé que la liberté individuelle inclut le droit illimité d’accumuler de la richesse. Mais admettez-vous qu’une liberté absolue, lorsqu’elle permet à un individu de contrôler les médias, financer des partis politiques et influencer les lois, devient une forme de domination ? Autrement dit : la liberté d’un ultra-riche ne devient-elle pas la servitude des autres ? »

Premier orateur de l’équipe négative (après une courte pause) :
« Nous distinguons la richesse du pouvoir. Posséder ne signifie pas commander. Bien sûr, des abus existent — mais ils relèvent de la régulation politique, non de la confiscation patrimoniale. La liberté économique reste un pilier de la dignité humaine. »

Troisième orateur de l’équipe affirmative (se tournant vers le deuxième orateur négatif) :
« Vous avez cité Elon Musk comme preuve que la richesse crée des emplois. Mais Tesla emploie environ 140 000 personnes, tandis que la fortune personnelle de Musk dépasse 200 milliards de dollars — soit plus de 1,4 million de dollars par employé. Alors dites-moi : combien de ces dollars sont réinvestis dans les salaires, et combien dans des actifs spéculatifs ou des fusées privées ? »

Deuxième orateur de l’équipe négative (ferme) :
« L’allocation du capital est une décision entrepreneuriale, non un devoir moral. Ce qui compte, c’est que l’entreprise crée de la valeur. Et cette valeur profite à tous — clients, fournisseurs, actionnaires, employés. Vouloir dicter comment un individu utilise son patrimoine, c’est nier la propriété privée elle-même. »

Troisième orateur de l’équipe affirmative (s’adressant au quatrième orateur négatif) :
« Imaginons qu’un pays instaure un plafond à 1 milliard d’euros. Un milliardaire décide alors de transférer ses actifs à ses enfants, créer une fondation opaque, ou déménager à Dubaï. Face à cela, votre défense de la “liberté” ne devient-elle pas une invitation à la fuite fiscale mondiale ? Et si oui, n’est-ce pas reconnaître que la liberté sans cadre collectif mène à l’anarchie économique ?»

Quatrième orateur de l’équipe négative (mesuré) :
« Les fuites fiscales existent parce que les États coopèrent mal — pas parce que la richesse est légitime. Plutôt que d’imposer des plafonds facilement contournables, harmonisons les législations internationales. Punir la réussite nationale ne résoudra rien ; cela aggravera seulement la désertion des talents. »

Résumé du contre-interrogatoire de l’équipe affirmative

L’équipe négative a tenté de séparer richesse et pouvoir, mais n’a pas expliqué comment empêcher leur fusion dans un monde globalisé. Elle célèbre l’entrepreneuriat tout en refusant de rendre compte de l’usage réel du capital. Et quand on lui oppose la réalité de l’évasion fiscale, elle invoque la coopération internationale — un vœu pieux sans mécanisme contraignant. En somme : vous défendez la liberté, mais refusez d’en assumer les conséquences systémiques.


Contre-interrogatoire de l'équipe négative

Troisième orateur de l’équipe négative (voix posée, sourire ironique) :
« Première oratrice de l’équipe affirmative, vous proposez de plafonner la richesse. Mais à quel seuil exact ? 50 millions ? 500 millions ? Un milliard ? Sur quelle base morale ou économique fixez-vous cette ligne rouge — et qui décide que tel montant est “trop”, tandis que tel autre est “juste” ? »

Première oratrice de l’équipe affirmative (assurée) :
« Le seuil serait déterminé démocratiquement, en fonction du PIB par habitant, des besoins sociaux et des objectifs écologiques. Ce n’est pas arbitraire : c’est une décision collective, comme le sont les taux d’imposition ou les limites de vitesse. Personne ne trouve absurde qu’on interdise de rouler à 200 km/h en ville — pourquoi serait-ce différent pour l’accumulation de richesse ? »

Troisième orateur de l’équipe négative (se tournant vers le deuxième orateur affirmatif) :
« Vous avez vanté les Trente Glorieuses comme modèle. Mais à l’époque, les taux marginaux élevés s’appliquaient aux revenus, pas au patrimoine. Aujourd’hui, un inventeur peut créer une entreprise valorisée à 10 milliards sans jamais toucher un euro de salaire — grâce à des actions non liquides. Votre plafond frapperait-il ce rêve avant même qu’il ne se réalise ? »

Deuxième orateur de l’équipe affirmative (sans hésiter) :
« Notre proposition vise le patrimoine net réalisé et liquidable — pas les valorisations théoriques. Nous ne taxons pas les rêves, mais les fortunes effectives. Et si un entrepreneur veut garder le contrôle de son invention, il peut choisir de ne pas la vendre ni de la monnayer excessivement. La limite protège la société, pas l’avidité. »

Troisième orateur de l’équipe négative (vers le quatrième orateur affirmatif) :
« Supposons qu’un artiste peigne une toile à 20 ans, puis meure à 30. À 80 ans, cette toile vaut 200 millions. Sa famille hérite. Selon votre logique, faudra-t-il saisir cette œuvre au-delà du plafond ? Et si oui, n’est-ce pas punir non pas la cupidité, mais le hasard de l’histoire et du goût ?»

Quatrième orateur de l’équipe affirmative (calme mais ferme) :
« Nous distinguons la création de la spéculation. Si la famille vend l’œuvre et encaisse 200 millions, alors oui — au-delà du seuil légal, l’excédent irait à un fonds culturel public. Cela ne punit pas l’artiste, mais transforme un accident de marché en bien commun. Après tout, c’est la société qui préserve les musées, forme les critiques, entretient le goût… Pourquoi ne partagerait-elle pas les bénéfices ?»

Résumé du contre-interrogatoire de l’équipe négative

L’équipe affirmative a tenté de rationaliser l’arbitraire du seuil en invoquant la démocratie — mais une majorité peut-elle légitimement décider de limiter radicalement le destin d’une minorité ? Elle distingue patrimoine “réalisé” et “théorique”, mais ignore que la valeur naît justement de la liquidité potentielle. Et en transformant l’héritage artistique en ressource publique, elle flirte avec une forme de collectivisation du hasard. En bref : vous voulez encadrer la fortune, mais vos garde-fous deviennent des cages pour l’imprévu, la créativité… et la liberté elle-même.


Débat libre

Premier orateur de l’affirmative :
L’adversaire nous dit que plafonner la richesse tuerait l’innovation. Mais permettez-moi de poser une question simple : combien d’innovations ont été financées par des milliardaires… grâce à des routes publiques, des universités publiques, et une main-d’œuvre formée par l’État ? Elon Musk a lancé SpaceX avec des contrats de la NASA — une agence publique ! La richesse ne naît pas dans le vide ; elle s’élève sur un socle collectif. Alors pourquoi ce socle devrait-il rester fragile pendant que le sommet devient inaccessible ?

Premier orateur de la négative :
Ah, donc maintenant, toute réussite est une dette à l’État ? Très bien ! Alors plafonnons aussi les notes à l’école : personne ne devrait avoir plus de 16/20, car après tout, l’école est publique ! L’absurde de cette logique saute aux yeux. La reconnaissance du cadre collectif ne justifie pas la confiscation du fruit individuel. Et puisque nous parlons de SpaceX : sans la perspective de devenir l’homme le plus riche du monde, Musk aurait-il risqué 180 millions de dollars de sa propre fortune en 2008 ? Probablement pas. Votre plafond ne sauverait pas la Terre — il clouerait l’humanité au sol.

Deuxième orateur de l’affirmative :
Notre adversaire confond motivation et obsession. Personne ne nie que l’argent motive. Mais doit-il devenir une fin en soi ? Regardons les faits : les 10 % les plus riches émettent près de la moitié des émissions mondiales de CO₂. Un seul vol privé équivaut à des années d’empreinte carbone d’un citoyen moyen. Plafonner la richesse, c’est aussi plafonner l’hyperconsommation qui étouffe la planète. Ce n’est pas punir la réussite — c’est empêcher qu’elle devienne une catastrophe commune.

Deuxième orateur de la négative :
Et vous, vous confondez patrimoine et émissions. Un milliardaire peut posséder des actions dans une entreprise verte sans jamais prendre l’avion ! Votre plafond frapperait autant Greta Thunberg si elle devenait riche grâce à ses livres, que Roman Abramovich avec son yacht. Vous taxez le compte en banque, pas le comportement. C’est comme interdire les voitures parce que certains roulent trop vite — au lieu de créer un code de la route !

Troisième orateur de l’affirmative :
Mais justement, il n’y a pas de « code de la route » pour la richesse ! Pendant que vous rêvez de régulation douce, les ultra-riches transfèrent leurs actifs via des trusts aux îles Caïmans, des fondations en Suisse, ou des NFTs anonymes. Le FMI estime que 11 % du patrimoine mondial est caché offshore. Face à cette anarchie fiscale, votre « coopération internationale » ressemble à prier pour la pluie dans le désert. Nous, nous proposons une digue légale — pas une prière.

Troisième orateur de la négative :
Et cette digue, vous la construisez avec quel ciment ? Celui de l’arbitraire ? Qui décide que 50 millions, c’est acceptable, mais 51 millions, c’est immoral ? Est-ce le Parlement ? Les médias ? Un algorithme vertueux ? Hier, c’était 1 million, aujourd’hui 100 millions — demain, ce sera 1 euro de trop ? Votre seuil n’est pas une règle, c’est une ligne mouvante tracée par la morale majoritaire… et la morale majoritaire, rappelons-le, a un jour trouvé normal l’esclavage.

Quatrième orateur de l’affirmative :
Personne ne propose un seuil fixé à l’aveugle ! Il serait ajusté démocratiquement, comme le SMIC ou le taux d’imposition. Et contrairement à l’esclavage, le plafonnement ne nie pas la dignité humaine — il la protège. Car quand un enfant meurt faute de soins tandis qu’un autre hérite de trois yachts, ce n’est pas la nature qui est injuste : c’est notre système. Nous ne demandons pas l’égalité des résultats, mais l’égalité de survie. Et oui, parfois, cela exige de dire : « Tu as assez. »

Quatrième orateur de la négative :
« Tu as assez » — quelle phrase terrifiante dans la bouche de l’État ! Demain, ce sera : « Tu as assez d’enfants », « Tu as assez de voyages », « Tu as assez de rêves ». Une fois que l’État se croit autorisé à juger ce qui est « assez », la liberté est morte. Et puis, soyons honnêtes : votre plafond ne touchera pas les vrais puissants. Ceux-ci ont des avocats, des juristes, des passeports multiples. Ce sont les entrepreneurs locaux, les artistes, les inventeurs modestes qui seront piégés par votre machine administrative. Vous voulez briser les chaînes de l’inégalité ? Commencez par briser celles de la complexité fiscale — pas par ajouter une nouvelle loi kafkaïenne.

Premier orateur de l’affirmative (reprise) :
Kafkaïen, c’est de vivre dans un monde où 26 personnes possèdent autant que 3,8 milliards d’êtres humains. Kafkaïen, c’est de voir des hôpitaux fermer faute de moyens, pendant que des fortunes s’accumulent dans des comptes invisibles. Notre proposition n’est pas parfaite — mais elle est urgente. Et face à l’urgence, l’idéalisme de la liberté absolue ressemble moins à un principe qu’à une complicité silencieuse.

Premier orateur de la négative (conclusion du tour) :
Et face à la complexité du monde, votre solution ressemble moins à une réforme qu’à un marteau cherchant un clou — même là où il n’y en a pas. La liberté n’est pas parfaite, mais elle est le seul terreau où peuvent germer à la fois la justice, l’innovation… et la critique de l’injustice. Coupez cette racine, et vous ne sauverez pas l’arbre — vous le remplacerez par un pot en plastique étiqueté « équité ».


Conclusion finale

Conclusion de l’équipe affirmative

Chers juges, chers collègues,
Depuis le début de ce débat, nous n’avons jamais dit : « Personne ne devrait être riche. »
Nous avons dit : « Personne ne devrait être si riche qu’il puisse acheter la démocratie, étouffer l’avenir ou décider seul du destin collectif. »

Notre position repose sur une conviction simple mais profonde : la richesse n’est jamais créée dans le vide. Elle naît grâce à des routes construites par l’État, des chercheurs formés par l’école publique, des travailleurs protégés par le droit du travail, et une stabilité sociale garantie par des institutions que tous financent — sauf ceux qui en profitent le plus. Plafonner la richesse, c’est simplement dire : « Ce que tu as accumulé au-delà d’un certain seuil, c’est aussi un bien commun. »

Face aux critiques, nous avons montré que :
- La corruption démocratique n’est pas un effet secondaire, mais une conséquence directe de la concentration du capital. Quand 26 personnes possèdent autant que 3,8 milliards d’êtres humains, ce n’est plus de l’inégalité — c’est de la domination.
- L’argument de l’innovation est un leurre : Tesla, Amazon ou SpaceX n’ont pas besoin que leurs fondateurs possèdent 200 milliards pour exister. Ils ont besoin de marchés stables, de main-d’œuvre qualifiée, et de règles du jeu justes — précisément ce qu’un plafond permettrait de préserver.
- Et non, ce n’est pas utopique. Des mécanismes comme l’impôt sur la fortune, les droits de succession renforcés, ou les fonds souverains montrent que la redistribution intelligente est possible — surtout si elle est encadrée par la loi, pas laissée à la bonne volonté des philanthropes.

On nous reproche l’arbitraire ? Mais quel arbitraire y a-t-il à dire qu’au-delà de, disons, 500 millions d’euros de patrimoine net, tout surplus revient à financer la transition écologique, l’éducation ou la santé ? Le SMIC est arbitraire ? Le code de la route est arbitraire ? Non : ce sont des limites nécessaires à la vie en société.

Ce débat n’est pas seulement économique. Il est existentiel.
Voulons-nous vivre dans un monde où la valeur d’un être humain se mesure à son portefeuille ?
Ou dans un monde où la réussite se juge à sa contribution au bien commun ?

Nous choisissons le second.
Et c’est pourquoi, avec raison, justice et urgence, nous affirmons que la richesse individuelle doit être plafonnée par la loi.


Conclusion de l’équipe négative

Mesdames et Messieurs,
L’équipe adverse peint un tableau dramatique — mais elle confond la maladie avec le remède.
Oui, les inégalités sont préoccupantes. Oui, certains abus doivent être corrigés.
Mais plafonner la richesse, c’est répondre à un incendie en noyant la maison entière.

Notre position ne défend pas les privilèges. Elle défend quelque chose de plus précieux : la liberté de créer, de rêver, de tenter — et parfois, de réussir au-delà de toute attente. Car derrière chaque fortune, il y a souvent des années de risque, d’échecs, de nuits blanches… et des milliers d’emplois, de technologies, de solutions nées de cette audace.

Nous avons démontré que :
- Le vrai danger n’est pas la richesse, mais le manque de transparence. Régulez le lobbying, fermez les paradis fiscaux, imposez les transactions financières — mais ne punissez pas celui qui investit dans une start-up médicale sous prétexte qu’un autre achète un yacht.
- Un plafond légal serait contourné en quelques clics par les véritables ultra-riches, tandis que les entrepreneurs locaux, les artistes dont la cote explose après leur mort, ou les héritiers modestes seraient pris dans une machine administrative absurde.
- Et surtout : supprimez l’incitation matérielle, et vous tuez l’alchimie même du progrès. Personne ne quitte un emploi stable pour lancer une entreprise s’il sait qu’au-delà d’un seuil fixé par un fonctionnaire, tout lui sera confisqué. Ce n’est pas de la cupidité — c’est de la rationalité humaine.

On nous dit : « C’est juste une limite raisonnable. » Mais qui la fixe ? Le Parlement d’aujourd’hui ? Et demain, quand la majorité décidera que 10 millions, c’est déjà trop ? Où s’arrête le garde-fou, et où commence la spoliation morale ?

Nous ne voulons pas d’une société où l’État décide ce qui est « assez ».
Nous voulons une société où chacun a la chance de construire quelque chose — et où personne n’est condamné à ne jamais commencer.

Alors non, la richesse individuelle ne doit pas être plafonnée par la loi.
Pas parce que nous aimons les inégalités — mais parce que nous croyons en la liberté, en l’innovation, et en la dignité de ceux qui osent.

Et c’est cette foi-là que nous vous demandons de soutenir aujourd’hui.