L’instauration d’une taxe sur les bénéfices de l'immobilier renforcerait-elle l'équité fiscale?
Exposé
Exposé de l’équipe pour
Mesdames, Messieurs, chers jurés,
L’instauration d’une taxe spécifique sur les bénéfices réalisés dans le secteur immobilier n’est pas seulement une mesure technique. C’est un acte de justice. Une nécessité démocratique. Une réponse aux fractures profondes que notre système fiscal a trop longtemps ignorées. Notre équipe soutient fermement que cette taxe renforcerait l’équité fiscale – non pas en créant une charge supplémentaire, mais en corrigeant une injustice structurelle.
Premièrement, l’immobilier est aujourd’hui un refuge fiscal privilégié. Alors que les revenus du travail sont soumis à des prélèvements croissants, les plus-values immobilières, souvent massives, bénéficient d’exonérations généreuses, voire absurdes. Prenons l’exemple classique : un couple vend son appartement après 30 ans, réalise une plus-value de 300 000 euros… et ne paie rien, grâce à l’exonération du résidence principale. Ce n’est pas de l’équité, c’est une loterie fiscale où le gagnant est celui qui a eu la chance d’acheter tôt, dans une bonne ville. Et pendant ce temps, un jeune ingénieur paye 40 % d’impôts sur son salaire. Où est la justice ? Une taxe sur les bénéfices immobiliers rétablirait un principe fondamental : on taxe ce qui augmente sans effort – la valeur foncière – plutôt que ce qui exige du travail.
Deuxièmement, cette mesure répond à une urgence intergénérationnelle. Depuis trente ans, les prix de l’immobilier ont explosé, alimentés par la rareté, la spéculation, et une politique monétaire accommodante. Mais derrière ces chiffres, il y a des vies : des jeunes qui ne peuvent pas acheter, des familles coincées en location, des seniors qui, eux, détiennent un patrimoine considérable… sans que leur richesse soit vraiment mise à contribution. En France, 80 % de la hausse de la richesse nette depuis 2000 provient de l’immobilier. Taxer les bénéfices de ce marché, c’est dire : « Celui qui a profité de la bulle participera au financement d’un monde plus juste. » Et cet argent ? Il peut servir à construire des logements sociaux, à aider les primo-accédants, à investir dans la transition écologique des bâtiments.
Troisièmement, contrairement à ce qu’on entend souvent, une telle taxe peut être économiquement vertueuse. Elle désincite la spéculation pure, encourage la mobilité résidentielle, et fluidifie le marché. Aujourd’hui, beaucoup gardent leur bien jusqu’à la mort pour éviter la taxation à la revente. Résultat : un gel du marché, une offre limitée, des prix qui montent encore. Une taxe bien conçue – progressive, avec seuils raisonnables, exemptions pour les cas de détresse – permettrait de libérer l’offre, de réactiver la circulation du patrimoine, et donc de faire baisser la pression sur les prix.
En somme : équité entre travail et capital, justice entre générations, efficacité économique. Voilà pourquoi nous plaidons pour une taxe sur les bénéfices immobiliers. Pas pour punir le propriétaire, mais pour réparer un déséquilibre qui mine notre cohésion sociale.
Exposé de l’équipe contre
Mesdames et Messieurs,
Notre équipe reconnaît les défis du marché immobilier. Nous partageons l’inquiétude face à la hausse des prix, à l’accès difficile au logement, et à certaines formes de spéculation. Mais instaurer une nouvelle taxe sur les bénéfices de l’immobilier sous prétexte d’équité ? C’est une fausse bonne idée. Une mesure symbolique, injuste dans ses effets, et dangereuse dans ses conséquences. Elle affaiblirait, et non renforcerait, l’équité fiscale.
Premier point : on double la taxation là où elle existe déjà. L’immobilier n’est pas un paradis fiscal. Les plus-values sont déjà taxées ! Entre prélèvements sociaux, impôt sur le revenu, abattements variables selon la durée de détention… le système actuel est déjà complexe, mais il fonctionne. Ajouter une nouvelle taxe, c’est créer un régime d’exception, un « impôt sur la réussite modeste ». Prenons Mme Dubois, 65 ans, qui vend son appartement de Nantes pour payer une maison de retraite. Elle réalise une plus-value de 80 000 euros – pas de luxe, mais une vie d’économies. Si on lui impose une taxe supplémentaire, on ne touche pas un milliardaire, on pénalise une retraitée qui n’a jamais été riche. L’équité, ce n’est pas punir ceux qui ont épargné, c’est viser ceux qui accumulent sans limite.
Deuxième argument : cette taxe frappe aveuglément, alors que le problème est ciblé. Le vrai fléau, c’est la spéculation financière, les SCI opaques, les achats massifs par des fonds étrangers. Mais une taxe généralisée sur tous les bénéfices immobiliers ? Elle touche aussi le petit propriétaire qui vend son studio après dix ans, ou la famille qui déménage pour des raisons professionnelles. On crée un effet dissuasif : les gens hésiteront à vendre, à bouger, à investir. Résultat ? Moins de fluidité sur le marché, moins d’offre, et donc… des prix qui augmentent encore. L’objectif initial est trahi.
Troisièmement, et c’est crucial : l’équité fiscale ne se construit pas en multipliant les taxes sectorielles, mais en repensant l’ensemble du système. Pourquoi taxer l’immobilier plus que les actions ? Que le particulier, mais pas le grand groupe immobilier ? Pourquoi ne pas s’attaquer d’abord à l’ISF sur le capital financier, ou à l’optimisation fiscale des multinationales ? Cette taxe donne l’illusion de la justice, mais elle détourne l’attention des vraies inégalités. Elle est populiste : elle vise un bouc émissaire – le propriétaire – plutôt que les structures profondes de la fiscalité.
Enfin, imaginons les conséquences pratiques : une bureaucratie accrue, des contentieux interminables sur la valorisation, des comportements d’évitement. Et surtout, un message pernicieux : « votre patrimoine, ce n’est pas vraiment le vôtre. » Dans un pays où la propriété est un pilier de la stabilité, où des millions de Français rêvent d’être propriétaires, une telle mesure serait vécue comme une trahison.
Non, l’équité ne passe pas par une taxe punitive sur l’immobilier. Elle passe par une fiscalité intelligente, globale, et respectueuse des efforts de chacun. Créer une niche ici, un impôt là, c’est bricoler la justice. Nous refusons ce bricolage.
Réfutation de l’exposé
Réfutation par le deuxième orateur de l’équipe pour
Mes chers collègues de l’équipe adverse, vous nous avez présenté une série d’effets pervers aussi spectaculaires qu’imaginaires : une taxe qui ruinerait les retraités, figerait le marché immobilier, découragerait l’épargne… Mais permettez-moi de vous poser une question simple : pourquoi diable taxer ce que personne ne produit ? L’immobilier n’est pas un bien comme les autres. Personne ne construit une ville à mains nues. Ce sont les collectivités, les infrastructures, les services publics, la densité urbaine, la croissance démographique – bref, la société tout entière – qui font grimper les prix. Et pourtant, quand un particulier vend son appartement 500 000 euros alors qu’il l’a acheté 200 000 euros vingt ans plus tôt, il empochera 300 000 euros de plus-value… sans avoir rien fait d’autre que… attendre. C’est ça, la spéculation tranquille.
Vous parlez de justice ? Moi aussi. Mais la vraie injustice, c’est que le plombier qui travaille douze heures par jour paie un taux effectif d’imposition supérieur à celui du rentier qui vit de ses placements. Vous invoquez les retraités ? Très bien. Alors exemptons la résidence principale ! Créons un seuil, indexé sur le revenu, protégeons les cas sensibles. Mais ne nous cachons pas derrière des exemples marginaux pour éviter de toucher à une source massive d’inégalité structurelle.
Et puis, osons le mot : la rente foncière. C’est un concept classique en économie, depuis David Ricardo jusqu’à Thomas Piketty. Ce n’est pas un revenu du travail ni de l’investissement productif, c’est un prélèvement passif sur la valeur créée par les autres. Taxer cette rente, ce n’est pas punir l’effort, c’est corriger un déséquilibre historique entre ceux qui possèdent déjà et ceux qui peinent à entrer dans la propriété.
Enfin, vous dites que cela freinera la mobilité ? Au contraire ! En décourageant la possession multiple et la spéculation immobilière, on libère des logements, on fluidifie le marché, on rend l’accession possible à d’autres. Et les recettes ? Elles peuvent financer le logement social, la rénovation énergétique, ou même un crédit d’impôt pour les primo-accédants. Bref, une taxe bien conçue n’est pas un frein, c’est un levier d’équité et de justice intergénérationnelle.
Réfutation par le deuxième orateur de l’équipe contre
Merci à l’équipe adverse pour son éloge passionné de la taxation des plus-values. Mais permettez-moi de rappeler une vérité simple : taxer les bénéfices de l’immobilier, ce n’est pas forcément taxer les riches. C’est là toute l’erreur de raisonnement. Beaucoup de ménages modestes ont investi dans la pierre parce qu’on leur a dit pendant des décennies : « La pierre, c’est sûr. » Aujourd’hui, ils vendent leur bien après trente ans pour financer leur retraite, payer des soins, aider leurs enfants. Et vous voulez leur prendre une part substantielle de leur épargne accumulée ? Ce n’est pas de l’équité, c’est de l’hypocrisie sociale habillée en vertu progressiste.
Vous parlez de rente foncière ? Parfait. Alors visons-la vraiment ! Mais votre taxe, telle que présentée, risque surtout de frapper les petits propriétaires, pas les fonds étrangers qui rachètent nos immeubles, pas les SCI opaques, pas les milliardaires qui utilisent des montages fiscaux. Eux, ils trouveront toujours des moyens de contourner la règle. Ce sont les Français moyens, sans conseiller fiscal, qui trinqueront.
Et puis, soyons clairs : chaque fois qu’on ajoute une taxe sur la vente, on alourdit la transaction. Qui va payer ? Pas le vendeur seul. Le coût sera reporté sur le prix d’achat. Résultat : les acquéreurs paieront plus cher. Vous voulez rendre le logement plus accessible ? Avec cette taxe, vous risquez de faire exactement l’inverse.
Ensuite, vous dites que cela désincitera la spéculation. Mais la spéculation, elle se niche dans les marchés tendus, dans les zones où la demande dépasse l’offre. Plutôt que de taxer les bénéfices, ne serait-il pas plus intelligent de construire massivement ? De libérer des terrains ? De supprimer les blocages administratifs ? Une taxe ne remplace pas une politique d’urbanisme.
Enfin, vous parlez de justice intergénérationnelle. Je suis d’accord : c’est un enjeu crucial. Mais tricher avec la propriété, affaiblir un pilier de l’épargne populaire, c’est risquer de briser la confiance des générations futures dans le système lui-même. L’équité fiscale ne passe pas par des mesures symboliques mal calibrées, mais par une réforme globale : inclure tous les actifs, lutter contre l’évasion fiscale, réformer l’impôt sur le revenu et la fiscalité du capital. Sinon, cette taxe ne sera qu’un impôt de façade, injuste et inefficace.
Interrogatoire
Questions du troisième orateur de l’équipe pour
Troisième orateur (équipe pour) :
Merci, Monsieur le Président. Je m’adresse au premier orateur de l’équipe contre. Vous affirmez que votre grand-mère, retraitée modeste, serait ruinée par cette taxe si elle vendait sa maison. Très touchant. Mais si cette maison, achetée 80 000 € en 1995, se vend aujourd’hui 400 000 € grâce à la gare TGV construite par la collectivité, pourquoi serait-ce juste qu’elle garde intégralement ces 320 000 € de gain… alors que le cheminot qui a fait circuler ce TGV paie 40 % d’impôts sur son salaire ?
Premier orateur (équipe contre) :
Parce que cette maison, c’est toute sa vie. Elle n’a pas spéculé, elle a entretenu, elle a investi du temps, de l’affection. Ce n’est pas une action en Bourse.
Troisième orateur (équipe pour) :
Justement ! Et si on exonère la résidence principale, comme nous le proposons ? Si on fixe un seuil élevé, voire un abattement pour durée de détention ? Pourquoi défendre bec et ongles une exemption totale alors qu’on accepte bien de taxer les dividendes ou les plus-values boursières ? Ma deuxième question, au deuxième orateur : vous dites que « construire plus » suffirait à régler le problème. Mais même avec 100 000 logements par an, les prix montent. Pourquoi refuser de taxer les rentiers urbains qui profitent du manque, plutôt que de laisser la pression retomber sur les classes moyennes ?
Deuxième orateur (équipe contre) :
Parce que taxer les bénéfices décourage la mobilité. Si les gens ont peur de vendre avec moins-value, ils restent chez eux, bloquant le marché. Et puis, les vrais responsables de la spéculation, ce sont les fonds étrangers, les SCI opaques, pas Madame Dubois !
Troisième orateur (équipe pour) :
Ah, les fameuses SCI ! Justement, ma dernière question au quatrième orateur : vous critiquez notre taxe comme étant mal ciblée… mais avez-vous une proposition concrète pour traquer ces SCI, ces holdings offshore qui rachètent nos centres-villes ? Ou préférez-vous attaquer les petits propriétaires parce que c’est plus facile politiquement ?
Quatrième orateur (équipe contre) :
Nous avons des propositions : transparence des bénéficiaires réels, encadrement des loyers, réquisition des logements vacants. Mais on ne corrige pas l’injustice en en créant une autre. Et surtout, on ne punit pas l’épargne populaire au nom de la justice sociale.
Questions du troisième orateur de l’équipe contre
Troisième orateur (équipe contre) :
Première question au premier orateur de l’équipe pour : vous rêvez d’une taxe sur les plus-values, mais savez-vous que 70 % des ventes immobilières concernent des résidences principales ? Si vous instaurez votre taxe, même avec seuils, combien de familles seront obligées de remettre à plus tard leur projet de retraite à la campagne parce qu’elles auront tout donné à Bercy ?
Premier orateur (équipe pour) :
Avec des exemptions claires, aucune famille modeste ne sera touchée. Et puis, il y a une urgence : aujourd’hui, un jeune sur deux renonce à acheter. Faut-il vraiment choisir entre protéger ceux qui ont déjà tout gagné… ou permettre aux autres d’avoir une chance ?
Troisième orateur (équipe contre) :
Touchant. Deuxième question au deuxième orateur : vous dites que l’immobilier crée de la « rente ». Mais si je loue mon appartement, j’entretiens, je réponds aux locataires à 23h quand la chaudière tombe en panne. Où est la rente là-dedans ? Est-ce que le travail du propriétaire, lui aussi, ne compte pas ?
Deuxième orateur (équipe pour) :
Bien sûr que si. Mais la hausse des prix, elle, vient de la localisation, pas de vos talents de plombier nocturne. La valeur augmente parce que la ville s’est développée autour de chez vous, grâce aux impôts de tous. On ne veut pas taxer l’effort, mais la manne collective captée individuellement.
Troisième orateur (équipe contre) :
Et comment garantissez-vous que cette taxe ne sera pas reportée sur les acheteurs, donc sur les mêmes jeunes que vous voulez aider ? Troisième question au quatrième orateur : vous proposez de financer le logement social avec ces recettes. Mais si la taxe refroidit le marché, il y aura moins de transactions, donc moins de recettes. Votre belle machine redistributive risque de s’arrêter avant même de chauffer, non ?
Quatrième orateur (équipe pour) :
C’est un faux dilemme. Une taxation juste incite à vendre plutôt qu’à spéculer sur la rareté. Et puis, même avec 10 % de recettes en moins, on finance des dizaines de milliers de logements sociaux. Mieux vaut un peu de justice que beaucoup d’iniquité.
Résumé de l’interrogatoire
Résumé de l’équipe pour :
L’équipe adverse a beaucoup parlé de grand-mères en larmes, mais très peu de fonds étrangers en pleine expansion. Ils invoquent la mobilité, mais ignorent que c’est la spéculation qui bloque le marché. Ils critiquent notre taxe comme étant mal ciblée, mais n’ont aucune arme contre les véritables prédateurs du foncier. Bref : beaucoup d’émotion, peu de solutions. Et surtout, aucun plan pour partager la richesse que la société crée collectivement.
Résumé de l’équipe contre :
L’équipe pour rêve d’un monde où l’État récupère les gains immobiliers au nom de la justice. Mais dans leur enthousiasme redistributif, ils oublient que derrière chaque vente, il y a souvent un projet de vie, pas un calcul d’investisseur. Ils promettent des recettes mirifiques, mais ignorent les effets pervers : blocage du marché, hausse des prix, fuite des capitaux. Et surtout, ils veulent taxer sans d’abord construire. On ne régule pas la soif en taxant l’eau – on en produit davantage.
Débat libre
Orateur 1 (Équipe Pour)
Mesdames, messieurs, je pose la question simplement : pourquoi celui qui gagne 50 000 euros en travaillant paie-t-il plus d’impôts que celui qui gagne 500 000 euros en vendant un appartement qu’il a acheté il y a vingt ans ? La plus-value immobilière, ce n’est pas du travail, c’est de la rente ! Et cette rente, elle est souvent créée par nous tous — grâce aux transports, aux écoles, aux infrastructures publiques. Alors pourquoi seul le propriétaire en profite ? Une taxe juste sur ces bénéfices, ce n’est pas punir la propriété, c’est reconnaître que la valeur vient aussi du collectif.
Orateur 1 (Équipe Contre)
Ah, le collectif ! Très poétique. Mais dites-moi, si le collectif crée la valeur, devrait-on aussi taxer les agriculteurs parce que leurs champs sont fertiles grâce à la pluie publique ? Non ! Le propriétaire, lui, a pris des risques, a payé des charges, entretenu son bien. Et souvent, il n’est pas riche : pensez aux retraités qui ont acheté en province dans les années 80 et qui, aujourd’hui, veulent vendre pour vivre dignement. Vous allez leur dire : « Merci pour vos économies, maintenant l’État prend 60 % de votre gain » ? Bravo pour l’équité !
Orateur 2 (Équipe Pour)
Merci pour cet exemple touchant… mais faux. Personne ne propose de taxer la résidence principale à hauteur de 60 %. Ce qu’on veut, c’est une taxation progressive, avec abattement croissant selon la durée de détention. Après trente ans, vous êtes largement protégé. En revanche, si vous achetez un studio à Lyon, le revendez trois ans plus tard après l’arrivée du tramway que vous n’avez pas financé, et que vous faites 100 000 euros de plus-value… là, oui, une part raisonnable peut être mutualisée. C’est ça, l’équité.
Orateur 2 (Équipe Contre)
Une part raisonnable ? Dites ça aux jeunes couples qui achètent un premier appartement à crédit, qui espèrent un jour en tirer un petit gain pour acheter plus grand. Vous voulez qu’ils soient taxés comme des spéculateurs ? Et puis, regardez ce qui s’est passé en Espagne quand ils ont augmenté les taxes foncières : les gens ont cessé de vendre, le marché s’est figé, et les prix ont augmenté. Parce que quand on taxe la sortie, on bloque l’entrée. Votre belle équité finit par exclure ceux qu’elle prétend aider.
Orateur 3 (Équipe Pour)
Ah, le fameux effet pervers ! Comme si les marchés immobilier étaient rationnels… Monsieur, en France, on a déjà une exemption partielle sur la plus-value après cinq ans, et pourtant, les SCI fleurissent, les fonds étrangers rachètent nos centres-villes, et les jeunes habitent chez leurs parents à 30 ans. Ce n’est pas la taxe qui bloque le marché, c’est la spéculation ! Et si on veut fluidifier le marché, il faut dissuader la possession passive. Un peu comme on taxe le tabac pour décourager le cancer : ce n’est pas parfait, mais ça sauve des vies. Ici, on sauverait l’accès au logement.
Orateur 3 (Équipe Contre)
Sauver l’accès au logement ? Alors pourquoi ne pas construire, plutôt que taxer ? On manque de 300 000 logements par an, mais vous, vous parlez de taxer les vieux immeubles ! C’est comme si, face à une pénurie d’eau, on décidait de taxer les bouteilles au lieu de creuser des puits. Et puis, avouons-le : cette taxe, c’est surtout une arme politique. Elle fait rêver de redistribution, mais elle frappe les classes moyennes, pendant que les vrais riches — ceux qui gagnent en Bourse, avec des dividendes quasi exonérés — continuent de passer entre les mailles.
Orateur 4 (Équipe Pour)
Et voilà le vrai paradoxe : on ose critiquer une taxe modeste sur l’immobilier, mais personne ne crie quand les actionnaires empochent des milliards sans payer d’impôt sur les plus-values long terme ! L’immobilier, c’est l’actif préféré des Français, certes, mais c’est aussi un refuge fiscal. Et tant qu’on ne touchera pas à cette injustice, l’équité fiscale restera une blague de mauvais goût. Une taxe bien conçue, c’est un pas vers un système où on paie selon ses capacités, pas selon ses astuces.
Orateur 4 (Équipe Contre)
Capacités, astuces… très joli jeu de mots. Mais attention : derrière chaque appartement, il y a souvent une vie, un parcours, un sacrifice. Ce n’est pas un actif financier, c’est un foyer. Et quand l’État commence à dire : « Tu as trop gagné en vivant tranquillement », il sappe la confiance. La propriété, ce n’est pas juste un droit, c’est un pilier de stabilité. Si on la transforme en source de revenus imposables à chaque vente, on encourage la méfiance, la sous-déclaration, la fraude. Et à la fin, ce sont encore les honnêtes qui trinquent. L’équité, ce n’est pas punir le succès modeste. C’est récompenser l’effort, protéger les faibles, et surtout… construire plus de logements !
Conclusion finale
Conclusion finale de l’équipe pour
Mesdames, Messieurs, chers débatteurs,
Nous avons entendu les craintes légitimes de notre adversaire : celle de pénaliser les retraités, celle de figer le marché, celle d’une bureaucratie étouffante. Nous les prenons au sérieux. Mais nous refusons de céder à la peur. Car derrière ces craintes, il y a une réalité plus urgente : un système fiscal qui favorise la fortune acquise au détriment de la valeur créée. Un système où celui qui gagne sa vie en sueur paie plus d’impôts que celui qui double la valeur de son appartement en dormant.
Oui, la plus-value immobilière n’est pas toujours « méritée ». Elle naît souvent de la gare TGV construite par l’État, de l’école ouverte par la mairie, de la densité urbaine que des générations ont bâtie collectivement. Et pourtant, c’est un seul propriétaire qui encaisse — sans que rien ne soit reversé à la communauté. C’est cela, l’injustice foncière.
Notre proposition n’est pas de taxer toutes les ventes, ni de punir la résidence principale. Elle est de créer une taxe progressive sur les bénéfices nets, avec abattement croissant selon la durée de détention, seuils clairs, et exonérations ciblées. Une taxe intelligente, pas brutale. Une taxe qui frappe la spéculation, pas l’effort modeste.
Et surtout, elle permet de financer ce que nos adversaires appellent de leurs vœux : plus de logements sociaux, une transition écologique dans le bâti, un accès juste au logement pour les jeunes. Parce que l’équité fiscale, ce n’est pas seulement partager les charges — c’est aussi redistribuer les fruits de la richesse collective.
Alors oui, instaurer une telle taxe renforcerait l’équité fiscale. Non pas demain, mais dès aujourd’hui. Parce qu’un impôt juste ne punit pas le travail. Il corrige les rentes. Il rend à la cité ce qui lui appartient.
Et si la propriété est un droit, elle comporte aussi une responsabilité sociale. Ce n’est pas une utopie — c’est la base même de toute société démocratique.
Conclusion finale de l’équipe contre
Chers amis du débat,
Nous saluons l’ambition de notre adversaire : vouloir plus de justice, plus d’équité, moins de spéculation. Nous partageons cet horizon. Mais nous divergeons radicalement sur le chemin à emprunter. Car vouloir corriger les inégalités en taxant l’épargne immobilière des classes moyennes, c’est comme éteindre un feu avec de l’essence : l’intention est bonne, mais le résultat pourrait être désastreux.
Regardez autour de vous. Combien de familles ont mis trente ans à rembourser leur prêt ? Combien de retraités comptent sur la vente de leur pavillon pour financer leur dépendance ? Ces gens-là ne sont pas des spéculateurs. Ce sont des Français ordinaires, qui ont fait des choix raisonnés, dans un contexte de faible rendement des autres formes d’épargne. Et voilà qu’on leur dit : "Vous avez bien fait d’épargner ? On va vous taxer davantage."
Pire : cette taxe risque de faire exactement l’inverse de ce qu’elle promet. En bloquant la mobilité — personne ne veut vendre pour payer l’État — elle réduit l’offre de logements. Moins d’offre, prix plus élevés. Résultat ? Les jeunes, censés en bénéficier, seront encore plus exclus du marché. C’est ce qui s’est passé en Espagne, au Canada, dans plusieurs pays : la taxe fige, elle n’assouplit pas.
Et pendant ce temps, les vrais spéculateurs — fonds étrangers, SCI opaques, multinationales — trouvent toujours des failles. Ils ne paieront pas. Ce sont encore une fois les petits qui trinquent.
L’équité fiscale ne se construit pas en punissant la modestie. Elle se construit en développant massivement le logement, en luttant contre les montages fiscaux, en traçant les propriétés étrangères, en investissant dans les territoires abandonnés.
Taxer la plus-value, c’est une solution de facilité. Construire, urbaniser, innover, c’est plus dur. Mais c’est ça, la vraie justice. Et c’est ça, la vraie équité.
Alors non, instaurer une telle taxe ne renforcerait pas l’équité fiscale. Elle la trahirait — au nom d’une bonne intention, mais avec des effets profondément injustes.