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Le système de retraite par répartition est-il viable à long terme ?

Déclaration d'ouverture

Déclaration d'ouverture de l'équipe affirmative

Mesdames et Messieurs, chers juges, chers adversaires : imaginez un monde où votre grand-mère, après quarante-cinq ans d’usine, devrait choisir entre se chauffer ou manger. Ce cauchemar n’est pas une fatalité — il est précisément ce que le système de retraite par répartition a su éviter depuis des décennies.

Nous affirmons avec force que le système de retraite par répartition est viable à long terme, non pas par magie, mais parce qu’il repose sur trois piliers indestructibles : la solidarité, l’adaptabilité et la justice sociale.

Premièrement, ce système incarne une solidarité intergénérationnelle vertueuse. Contrairement aux logiques purement financières, il ne traite pas la vieillesse comme un risque à couvrir, mais comme une dignité à garantir. Chaque euro cotisé aujourd’hui n’est pas perdu : il nourrit la société de demain en assurant que personne ne soit jeté sur le bord de la route une fois usé par le travail.

Deuxièmement, l’histoire prouve son adaptabilité. Depuis 1945, le système a traversé baby-boom, crise pétrolière, mondialisation, sans jamais s’effondrer. Réformes de 1993, 2003, 2010, 2023… chaque ajustement — cotisations, durée de cotisation, âge pivot — a permis de rééquilibrer les comptes. Ce n’est pas un monument figé, mais un mécanisme vivant, capable d’évoluer avec la démographie et l’économie.

Troisièmement, les alternatives sont bien plus risquées. Les systèmes par capitalisation exposent les retraités aux aléas des marchés financiers — souvenons-nous de 2008, où des millions de futurs retraités ont vu leur épargne s’envoler. Pire encore, ils creusent les inégalités : seuls les plus aisés peuvent épargner suffisamment. La répartition, elle, garantit un filet de sécurité universel, indépendant de la chance ou du patrimoine.

Enfin, ce système stabilise l’économie tout entière. En maintenant un pouvoir d’achat aux seniors, il soutient la consommation, évite la précarité de masse et renforce la cohésion sociale. Abandonner la répartition, c’est jouer avec le feu de la fracture générationnelle.

Nous ne disons pas qu’il n’y a pas de défis. Mais nous affirmons qu’ils sont surmontables — à condition de ne pas céder à la panique ni à l’idéologie. Le système tient debout. Il continuera de tenir — si nous choisissons de le défendre.


Déclaration d'ouverture de l'équipe négative

Chers collègues, chers juges : vous avez entendu parler du « pacte entre générations » ? Eh bien, ce pacte est en train de se rompre — non par méchanceté, mais par arithmétique.

Nous soutenons clairement que le système de retraite par répartition n’est pas viable à long terme, car il repose sur un équilibre démographique qui n’existe plus… et ne reviendra jamais.

Notre premier argument est démographique, implacable. En 1960, six actifs finançaient une retraite. Aujourd’hui, ce ratio est tombé à 1,7. D’ici 2050, il frôlera 1,3. Cela signifie que bientôt, presque chaque travailleur paiera pour un retraité. Même avec des cotisations à 40 % du salaire — ce qui est économiquement suicidaire — le système ne tiendrait pas.

Deuxièmement, le coût humain et économique devient intenable. Pour maintenir les pensions, on augmente les cotisations, ce qui pénalise l’emploi, freine les embauches et pousse les entreprises à délocaliser. Pendant ce temps, les jeunes voient leurs salaires nets amputés, leurs perspectives d’achat immobilier reculer, et leur confiance dans l’avenir s’effriter. On leur demande de payer pour une promesse qu’on ne pourra probablement pas leur tenir.

Troisièmement, chaque tentative de réforme déclenche une crise sociale. Depuis trente ans, toute proposition sérieuse — allonger la durée de cotisation, reculer l’âge légal — provoque grèves, blocages, violence politique. Ce n’est pas un hasard : le système est devenu une boîte de Pandore où toute correction semble injuste. Résultat ? On retarde les décisions, on accumule les déficits, et on reporte la faillite sur les épaules de nos enfants.

Enfin, la justice intergénérationnelle est bafouée. Les générations actuelles ont bénéficié d’une croissance forte, d’un plein emploi, d’un ratio favorable. Elles touchent des pensions indexées sur les salaires. Mais les jeunes d’aujourd’hui entreront dans un marché du travail fragmenté, précaire, avec des carrières hachées. Leur demander de financer un système conçu pour un autre monde, c’est leur voler leur avenir au nom d’un passé révolu.

Le système par répartition fut noble en son temps. Mais les temps ont changé. S’accrocher à lui par nostalgie, c’est construire une maison sur du sable mouvant. La viabilité n’est pas une question de volonté morale — c’est une question de réalité. Et la réalité, aujourd’hui, dit : ça ne tiendra pas.


Réfutation de la déclaration d'ouverture

Réfutation de l'équipe affirmative

Mesdames et Messieurs, chers juges, la négative vient de nous dresser un tableau apocalyptique où l’arithmétique signerait l’arrêt de mort de notre système de retraite. Mais derrière ce discours alarmiste se cache une erreur fondamentale : confondre un défi avec une fatalité.

Premièrement, leur argument démographique, bien qu’en apparence imparable, repose sur une vision statique du monde. Oui, le ratio actifs/retraités baisse. Mais depuis quand la société humaine s’adapte-t-elle uniquement par le nombre ? L’histoire montre que la productivité, l’emploi féminin, la prolongation de la vie active et l’immigration qualifiée peuvent compenser ce déséquilibre. En Allemagne, malgré un vieillissement plus marqué qu’en France, le système tient — grâce à des politiques actives de maintien dans l’emploi et à une intégration réussie de la main-d’œuvre migrante. Dire que « ça ne tiendra pas » revient à nier toute capacité collective d’ajustement.

Deuxièmement, la négative présente chaque réforme comme un échec social imminent. Pourtant, les grèves ne signifient pas l’impossibilité de réformer, mais la vitalité d’une démocratie sociale. Les réformes de 1993 ou 2010 ont été adoptées dans la douleur, certes, mais elles ont permis d’éviter la faillite. Et contrairement à ce que suggère la négative, ces ajustements n’ont pas brisé le pacte intergénérationnel : ils l’ont renégocié. Car un pacte vivant n’est pas gravé dans le marbre — il se réinvente.

Enfin, leur accusation d’« injustice intergénérationnelle » est profondément paradoxale. Qui, sinon le système par répartition, garantit que les travailleurs précaires, les intermittents, les aidants familiaux — souvent invisibles dans les systèmes par capitalisation — auront droit à une retraite décente ? La capitalisation favorise ceux qui peuvent épargner tôt, longtemps et sans interruption. Or, dans un marché du travail fragmenté, c’est précisément ce que la majorité des jeunes ne peut pas faire. Accuser la répartition de voler l’avenir des jeunes, c’est oublier qu’elle est leur seul bouclier contre la précarité à vie.

La négative voit le verre à moitié vide. Nous, nous voyons un système qui, certes, demande des efforts collectifs — mais qui reste le plus juste, le plus solidaire, et le plus réaliste face aux incertitudes du XXIᵉ siècle.


Réfutation de l'équipe négative

Chers collègues, chers juges, l’affirmative nous chante les louanges d’un système qu’elle décrit comme « vivant », « adaptable », et « indestructible ». Mais cette rhétorique rassurante masque une réalité bien moins reluisante : un modèle en déni de ses propres limites structurelles.

Commençons par leur premier pilier : la « solidarité intergénérationnelle ». Belle idée… en théorie. En pratique, cette solidarité devient de plus en plus une contrainte imposée à une génération sacrifiée. Quand un jeune diplômé paie 25 % de son salaire en cotisations sociales — sans compter les impôts — pour financer des pensions qu’il ne touchera probablement jamais dans les mêmes conditions, ce n’est plus de la solidarité : c’est du transfert forcé. Et quand ce même jeune voit son accès au logement, à la famille, à la stabilité professionnelle reculer, il est légitime de se demander : jusqu’à quel point peut-on exiger le sacrifice ?

Ensuite, l’affirmative célèbre l’« adaptabilité » du système. Mais regardons les faits : chaque réforme n’a fait que repousser l’échéance, sans jamais résoudre le cœur du problème. Depuis trente ans, on allonge la durée de cotisation, on augmente les cotisations, on complexifie les régimes… et pourtant, le trou de la Sécurité sociale se creuse à nouveau. Pourquoi ? Parce que ces rustines ne changent rien au moteur du déséquilibre : un modèle conçu pour une pyramide des âges qui n’existe plus. Un bateau qui prend l’eau peut être colmaté mille fois — mais si la coque est fendue, il finira par couler.

Quant à leur attaque contre la capitalisation, elle repose sur une caricature. Personne ne propose de livrer les retraités aux spéculateurs de Wall Street. Des pays comme la Suède ou les Pays-Bas ont mis en place des systèmes hybrides : une base solidaire par répartition, complétée par des fonds de pension publics, transparents, indexés sur l’inflation et garantis par l’État. Ce n’est pas du « tout marché » — c’est du pragmatisme institutionnel. Refuser toute alternative sous prétexte que 2008 a existé, c’est comme refuser les antibiotiques parce qu’un médicament a un jour eu des effets secondaires.

Enfin, dire que la répartition « stabilise l’économie » relève de l’illusion. Quand les cotisations sociales atteignent des niveaux qui pénalisent la compétitivité, freinent l’embauche et poussent les entreprises à automatiser ou délocaliser, c’est l’ensemble de l’économie productive qui souffre. Une retraite juste ne peut reposer sur un emploi qui disparaît.

L’affirmative veut croire en un miracle de la solidarité. Nous, nous préférons regarder la réalité en face : un système viable à long terme ne peut ignorer les lois démographiques, économiques… et humaines.


Contre-interrogatoire

Contre-interrogatoire de l'équipe affirmative

Troisième orateur de l’équipe affirmative (s’adressant au premier orateur de la négative) :
Vous affirmez que le ratio actif/retraité passera à 1,3 d’ici 2050. Mais admettez-vous que ce chiffre suppose un taux d’emploi des seniors figé à 50 %, alors que la Suède atteint déjà 75 % ? Si nous augmentons simplement la durée effective de travail — sans allonger la durée de cotisation — votre scénario catastrophe s’effondre-t-il ?

Premier orateur de la négative :
Nous reconnaissons que le taux d’emploi des seniors peut progresser, mais pas à ce rythme, ni dans tous les secteurs. Un ouvrier du bâtiment à 65 ans n’a pas les mêmes capacités qu’un consultant informatique. Votre hypothèse est technocratique, pas réaliste.

Troisième orateur de l’équipe affirmative (s’adressant au deuxième orateur de la négative) :
Vous prônez des systèmes hybrides comme en Suède. Or, le pilier suédois de répartition reste majoritaire et indexé sur les salaires. Cela signifie-t-il que même vos « modèles alternatifs » reposent fondamentalement sur la solidarité intergénérationnelle… et non sur la seule capitalisation ?

Deuxième orateur de la négative :
Le modèle suédois combine effectivement les deux, mais avec un compte individuel notional. Ce n’est pas de la solidarité pure : c’est une responsabilisation encadrée. La répartition y joue un rôle résiduel, pas central.

Troisième orateur de l’équipe affirmative (s’adressant au quatrième orateur de la négative) :
Si demain, une crise financière majeure — disons, un krach obligataire — effaçait 30 % de l’épargne retraite capitalisée, combien de retraités seraient précipités sous le seuil de pauvreté ? Et comment justifiez-vous de vouloir imposer ce risque systémique à des millions de citoyens ?

Quatrième orateur de la négative :
Les marchés peuvent être régulés, diversifiés, encadrés. Contrairement à la répartition, où le risque est collectif et invisible, la capitalisation permet de voir, contrôler et ajuster son épargne. Le risque zéro n’existe pas — mais préféreriez-vous un risque opaque ou transparent ?

Résumé du contre-interrogatoire de l’équipe affirmative

Mesdames et Messieurs, nos questions ont mis en lumière trois contradictions majeures chez nos adversaires. Premièrement, ils invoquent la démographie comme fatalité, tout en ignorant les leviers réels d’adaptation — emploi des seniors, productivité, immigration économique. Deuxièmement, leurs « alternatives » — comme la Suède — intègrent massivement la répartition, ce qui revient à admettre que la solidarité reste indispensable. Enfin, ils proposent d’exposer les retraités aux aléas des marchés, tout en minimisant les conséquences humaines d’un krach. Leur vision n’est pas réaliste : elle est idéologique, et dangereusement fragile.


Contre-interrogatoire de l'équipe négative

Troisième orateur de l’équipe négative (s’adressant au premier orateur de l’affirmative) :
Vous dites que le système est « adaptable ». Très bien. À combien évaluez-vous le taux de cotisation nécessaire pour équilibrer les comptes en 2050 si l’âge de départ reste à 62 ans ? Seriez-vous prêt à défendre publiquement un prélèvement de 38 % sur chaque salaire ?

Premier orateur de l’affirmative :
Nous ne fixons pas de chiffre arbitraire. Mais oui, si la société choisit collectivement de maintenir un haut niveau de protection, elle assumera les cotisations nécessaires — comme elle l’a fait après-guerre. L’alternative, c’est la précarité de masse.

Troisième orateur de l’équipe négative (s’adressant au deuxième orateur de l’affirmative) :
Vous affirmez que la répartition protège les intermittents et les aidants familiaux. Pourtant, leur faible durée de cotisation les condamne souvent à des pensions minimales. N’est-ce pas précisément parce que le système est trop lié à la carrière contributive qu’il échoue à protéger les plus vulnérables ?

Deuxième orateur de l’affirmative :
C’est pourquoi nous plaidons pour des périodes assimilées élargies, une meilleure reconnaissance du travail non rémunéré, et une solidarité accrue via la fiscalité. La répartition permet ces corrections — la capitalisation, non.

Troisième orateur de l’équipe négative (s’adressant au quatrième orateur de l’affirmative) :
Imaginons qu’un jeune diplômé paie 30 ans de cotisations, puis meure à 61 ans, juste avant de toucher sa retraite. Dans votre système, ses cotisations disparaissent. Dans un système par capitalisation, elles iraient à ses héritiers. Ne trouvez-vous pas cela profondément injuste ?

Quatrième orateur de l’affirmative :
La retraite n’est pas une assurance-vie, c’est une garantie collective contre la pauvreté vieillesse. Ce jeune a bénéficié, enfant, des retraites de ses grands-parents. Il participe à un contrat social plus vaste. Votre logique individualiste transforme la solidarité en transaction — et la société en marché.

Résumé du contre-interrogatoire de l’équipe négative

Nos questions ont révélé l’aveuglement idéologique de l’équipe adverse. D’abord, ils refusent de nommer le coût réel de leur « adaptabilité » : des cotisations confiscatoires qui étoufferaient l’économie. Ensuite, ils reconnaissent que le système actuel pénalise les carrières hachées… mais proposent encore plus de dépenses publiques au lieu de repenser le modèle. Enfin, face à une injustice criante — des cotisations perdues à vie —, ils invoquent un « contrat social » abstrait, comme si la mort d’un citoyen ne méritait pas une réponse concrète. Leur vision n’est pas solidaire : elle est sacrificielle… pour les autres.


Débat libre

Affirmative 1 :
Mes collègues de la négative parlent d’« arithmétique implacable ». Mais saviez-vous que cette même arithmétique oublie que, depuis 1970, la productivité horaire a augmenté de plus de 150 % ? Si on avait gelé les gains de productivité au niveau de 1970, oui, le système serait en faillite. Mais nous avons choisi de les partager — notamment via les retraites. Ce n’est pas un fardeau, c’est une décision politique. Et tant qu’il y aura du travail, il y aura de quoi financer la dignité de ceux qui ont travaillé.

Négative 2 :
Ah, la productivité ! Comme si elle tombait du ciel en pluie dorée ! La réalité, c’est que cette productivité profite surtout aux actionnaires, pas aux caisses de retraite. Et même si elle augmentait demain, elle ne résoudrait pas le cœur du problème : un actif ne peut pas payer pour un retraité presque aussi nombreux que lui. C’est comme essayer de remplir une baignoire percée avec un verre d’eau. Vous pouvez courir plus vite, le trou reste.

Affirmative 3 :
Intéressant… parce que justement, la Suède — citée par la négative comme modèle hybride — maintient 70 % de son système sur la répartition ! Même dans leur fameux « compte notionnel », les pensions dépendent du nombre d’actifs cotisants. Alors arrêtons de faire croire que la capitalisation sauverait tout. En 2008, les Américains ont perdu 2 000 milliards de dollars en épargne-retraite en six mois. Vous voulez imposer ça à nos infirmières, à nos enseignants ? Non merci.

Négative 1 :
Mais regardez donc ce que coûte votre « non-mercì » ! Pour garder un départ à 62 ans sans baisser les pensions, il faudrait porter les cotisations à 38 % du salaire brut. C’est-à-dire que sur un salaire de 2 000 €, plus de 750 € partiraient avant même que le salarié ne voie son bulletin de paie. Vous appelez ça de la solidarité ? Moi, j’appelle ça de la confiscation. Et devinez qui paiera le prix ? Les jeunes en CDI précaire, les indépendants, ceux qui n’ont déjà rien à transmettre… sauf des dettes.

Affirmative 2 :
Et vous, vous appelez ça de la « justice » de jeter les aidants familiaux, les intermittents du spectacle, les travailleurs saisonniers dans un système de capitalisation où plus tu gagnes tôt, plus tu as droit à une retraite ? La répartition, elle, reconnaît que certaines vies ne se mesurent pas en épargne, mais en engagement. Une mère qui élève trois enfants pendant dix ans, selon vous, n’a « cotisé » à rien ? Elle mérite une retraite de misère ? Votre modèle est techniquement propre… et humainement vide.

Négative 3 :
Personne ne dit qu’il faut abandonner toute solidarité ! Mais pourquoi lier la solidarité à un mécanisme structurellement déséquilibré ? On peut très bien avoir un socle minimal garanti par l’État — financé par l’impôt, donc juste — et un complément individuel sécurisé. Aujourd’hui, un jeune meurt à 61 ans après 40 ans de travail : ses cotisations disparaissent. Sa veuve ? Rien. Dans un système mixte, au moins, son effort aurait laissé une trace. Votre « contrat social » ressemble à un chèque en bois signé par les vivants… et encaissé par les morts.

Affirmative 4 :
Ah, le mythe de la transmission ! Comme si l’héritage était la solution universelle. Savez-vous que 60 % des Français meurent sans patrimoine immobilier, et que l’épargne moyenne des décès est inférieure à 10 000 € ? Votre capitalisation ne protège que ceux qui n’en ont pas besoin. Pendant ce temps, la répartition garantit qu’un ouvrier du bâtiment, qui n’a jamais eu les moyens d’épargner, ne finisse pas ses jours dans la honte. Et quant à votre « impôt pour un socle » : c’est exactement ce que fait déjà la répartition ! Sauf qu’elle le fait sans créer deux castes — ceux qui ont pu épargner, et les autres.

Négative 4 :
Alors expliquez-moi pourquoi, malgré ce « filet universel », 40 % des femmes retraitées vivent sous le seuil de pauvreté ? Parce que votre système punit les carrières hachées, les temps partiels contraints, les ruptures pour maternité. La répartition idéalisée existe dans vos discours, pas dans les faits. Nous, on propose de récompenser chaque jour travaillé, même discontinu, via des comptes individuels indexés. Pas de magie comptable. Juste de la reconnaissance précise.

Affirmative 1 (relance) :
Précise ? Peut-être. Mais fragile. Un krach boursier, une inflation galopante, une crise géopolitique — et votre « reconnaissance précise » devient un souvenir flou. La répartition, elle, est résiliente parce qu’elle est collective. Quand l’économie tremble, on ajuste ensemble. Quand elle prospère, on partage. Ce n’est pas parfait, mais c’est humain. Et surtout : ça tient debout — contrairement à vos modèles de papier qui s’envolent au premier coup de vent.

Négative 2 (clôture libre) :
Debout ? À quel prix ? Celui de reporter indéfiniment la vérité sur les épaules des générations futures. Vous dites « on ajustera ». Mais depuis trente ans, « ajuster » veut dire reculer sans jamais réformer en profondeur. Pendant ce temps, les jeunes partent à l’étranger, doutent du futur, et refusent d’avoir des enfants — précisément parce qu’ils sentent que le pacte est rompu. La viabilité, ce n’est pas seulement tenir jusqu’à demain. C’est construire un système que les jeunes acceptent de transmettre… pas de fuir.


Conclusion finale

Conclusion de l’équipe affirmative

Chers juges, chers collègues,

Depuis le début de ce débat, nous avons défendu une conviction simple mais puissante : le système de retraite par répartition n’est pas seulement viable — il est indispensable.

L’équipe adverse nous a parlé de ratios, de projections, de cotisations insoutenables. Mais derrière ces chiffres, il y a des visages : celui de la caissière qui a travaillé trente-cinq ans debout, celui de l’aide-soignante qui n’a jamais eu de CDI, celui du père qui a élevé seul ses enfants après un divorce. Ce système existe précisément pour eux — ceux que la logique du marché oublierait.

Oui, le vieillissement de la population est un défi. Mais ce n’est pas une fatalité. La productivité a doublé depuis les Trente Glorieuses. L’emploi des seniors progresse. L’immigration, bien gérée, peut contribuer. Et surtout, nous avons déjà prouvé notre capacité à réformer — sans jeter le bébé avec l’eau du bain.

L’adversaire a tenté de nous opposer « justice intergénérationnelle » contre « solidarité ». Mais cette opposition est fausse. La vraie injustice, ce serait de dire aux jeunes : « Vous paierez pour vos aînés, mais vous n’aurez rien en retour. » Or, ce n’est pas ce que dit la répartition. Elle dit : votre tour viendra. Et ce « tour » ne sera garanti que si nous maintenons ce pacte collectif.

Quant aux systèmes hybrides vantés par la négative, ils ne remplacent pas la répartition — ils la complètent. Même en Suède, 70 % des pensions reposent sur la solidarité. Cela prouve non pas l’échec de notre modèle, mais sa résilience.

Abandonner la répartition, c’est accepter que la valeur d’une vie se mesure à son épargne. Nous refusons cette logique. Parce que la retraite n’est pas une prime au rendement — c’est un droit à la dignité.

Alors oui, le système demande des ajustements. Mais il ne demande pas d’être enterré. Il demande d’être défendu.
Car tant qu’il y aura du travail, il y aura de quoi payer ceux qui l’ont donné.
Et tant qu’il y aura de la solidarité, il y aura de l’avenir.


Conclusion de l’équipe négative

Mesdames et Messieurs,

Nous ne sommes pas venus ici pour enterrer la solidarité. Nous sommes venus pour sauver la justice.

L’équipe affirmative a peint un tableau rassurant : un système adaptable, humain, juste. Mais ce tableau ignore une vérité inconfortable : un système qui repose sur un équilibre démographique disparu ne peut pas être simplement « ajusté » — il doit être repensé.

On ne peut plus demander à un jeune en CDD, payé 1 500 euros nets, de verser près de 40 % de son salaire pour financer une pension qu’il ne touchera probablement jamais dans les mêmes conditions. Ce n’est pas de la solidarité — c’est du sacrifice forcé. Et les jeunes le savent. C’est pourquoi beaucoup partent, doutent, ou choisissent de ne pas fonder de famille. Le système actuel ne les protège pas : il les étouffe.

L’adversaire nous reproche de proposer des alternatives « risquées ». Mais où est le risque le plus grand ? Dans un pilier individuel encadré, transparent, transmissible… ou dans un modèle qui accumule déficit sur déficit en espérant que la croissance viendra sauver le jour J ?

Et soyons clairs : la répartition actuelle échoue là où elle prétend réussir. Quarante pour cent des femmes retraitées vivent sous le seuil de pauvreté. Les carrières hachées, les congés parentaux, les périodes d’aidant — tout cela reste mal reconnu. Un système juste devrait valoriser ces engagements, pas les punir.

Nous ne proposons pas de tout jeter. Nous proposons un nouveau contrat social : un socle universel financé par l’impôt — donc solidaire — complété par un pilier individuel sécurisé, qui permette à chacun de transmettre ce qu’il a construit. Ce n’est pas moins de justice. C’est plus de reconnaissance.

Conserver coûte que coûte un système conçu pour une autre époque, ce n’est pas du courage — c’est de la procrastination. Et la procrastination, en matière de retraites, se paie toujours… par les plus jeunes.

Alors, choisissons : voulons-nous un système qui regarde le passé avec nostalgie… ou un système qui construit l’avenir avec réalisme ?

Parce que la vraie solidarité, ce n’est pas de charger les épaules d’aujourd’hui avec les promesses d’hier.
C’est de garantir que demain, personne ne sera laissé pour compte — ni les vieux, ni les jeunes.

Et pour cela, il faut oser changer.