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Les banques centrales devraient-elles cesser d'imprimer de la monnaie pour soutenir l'économie ?

Déclaration d'ouverture

Déclaration d'ouverture de l'équipe affirmative

Mesdames et Messieurs, juges, adversaires,
Nous affirmons avec force : les banques centrales doivent cesser d’imprimer de la monnaie pour soutenir l’économie, car cette pratique, bien que présentée comme un remède, est devenue une addiction toxique qui sape les fondations mêmes de notre système économique.

Premièrement, la création monétaire massive alimente une inflation insidieuse qui frappe d’abord les plus pauvres. Lorsque des milliers de milliards sont injectés dans l’économie sans contrepartie productive, les prix montent — pas seulement à la pompe ou au supermarché, mais dans le logement, l’éducation, les soins. Et pendant que les portefeuilles des ménages modestes fondent, les actifs financiers gonflent, protégés par ceux qui ont accès aux marchés. Ce n’est pas une politique de relance : c’est une redistribution inversée, organisée au nom de la stabilité.

Deuxièmement, cette impression monétaire fausse profondément les signaux du marché. Les taux d’intérêt artificiellement bas et les rachats massifs d’actifs transforment les entreprises zombies en géants apparents, empêchent la sélection naturelle économique, et poussent les investisseurs à courir après le rendement à tout prix. Résultat ? Des bulles spéculatives — dans l’immobilier, les cryptomonnaies, ou même les œuvres d’art — qui finissent toujours par éclater, laissant derrière elles ruine et défiance.

Troisièmement, nous cultivons un « aléa moral » systémique. Pourquoi réformer les retraites, assainir les finances publiques ou moderniser notre productivité si, à la moindre tension, la banque centrale ouvre le robinet ? L’État, les entreprises, voire les ménages apprennent à compter sur cette planche à billets invisible comme sur une assurance tous risques. Mais une économie ne se construit pas sur l’espoir d’un secours permanent — elle se forge dans la discipline, l’innovation et la responsabilité.

Nous ne disons pas qu’il faut supprimer toute politique monétaire. Nous disons qu’il faut arrêter de confondre la perfusion avec la guérison. Le moment est venu de rompre avec cette dépendance et de redonner à l’économie réelle la place qu’elle mérite.


Déclaration d'ouverture de l'équipe négative

Mesdames et Messieurs,
Nous soutenons résolument que les banques centrales ne doivent pas cesser d’imprimer de la monnaie pour soutenir l’économie, car cet outil, loin d’être un vice, est devenu le dernier rempart contre l’effondrement en temps de crise — et parfois, la seule étincelle capable de rallumer la croissance.

Premièrement, dans un monde marqué par la menace persistante de la déflation et de la stagnation, la création monétaire est un bouclier vital. Rappelez-vous 2008 : sans les interventions massives des banques centrales, le système financier se serait effondré. Rappelez-vous 2020 : sans ces mêmes injections, des millions d’entreprises auraient fermé, des millions d’emplois auraient disparu. Ce n’est pas de la magie — c’est de la gestion prudente du risque systémique.

Deuxièmement, lorsque les politiques budgétaires sont paralysées par la dette ou les divisions politiques, la politique monétaire devient le seul levier agile et indépendant. Alors que les gouvernements tergiversent, les banques centrales agissent. Elles stabilisent les marchés, rassurent les citoyens, et maintiennent la confiance — ce bien immatériel mais essentiel sans lequel aucune économie ne fonctionne. Dire qu’il faut leur lier les mains, c’est comme priver un chirurgien de son scalpel au milieu d’une opération.

Troisièmement, le monde d’aujourd’hui est confronté à des chocs exogènes sans précédent : pandémies, guerres, ruptures d’approvisionnement, transitions énergétiques. Ces crises ne respectent ni les cycles économiques ni les dogmes orthodoxes. Dans ce contexte, la flexibilité offerte par la création monétaire ciblée — notamment via des programmes verts ou sociaux — permet de orienter l’économie vers des objectifs collectifs, plutôt que de la livrer au chaos du laisser-faire.

Certes, cette puissance doit être encadrée. Mais l’abandonner, ce serait renoncer à notre capacité à protéger, à rebondir, à espérer. Une banque centrale qui ne peut plus agir n’est plus une institution — c’est une statue dans un musée des erreurs passées.


Réfutation de la déclaration d'ouverture

Réfutation de l'équipe affirmative

L’équipe négative nous a peint un tableau rassurant : la banque centrale en sauveur héroïque, toujours prête à déployer son parachute doré dès que le vent tourne. Mais derrière ce récit épique se cache une réalité bien plus inquiétante — celle d’un système qui confond le traitement symptomatique avec la guérison structurelle.

Premièrement, nos adversaires invoquent la menace de la déflation comme justification éternelle de l’impression monétaire. Pourtant, depuis plus de quinze ans, nous vivons non pas dans un monde de déflation, mais dans un régime d’inflation financiarisée. Les prix à la consommation ont certes été modérés grâce à la mondialisation et à la technologie, mais les actifs — actions, immobilier, obligations — ont connu une envolée artificielle, alimentée par des liquidités gratuites. Ce n’est pas un bouclier contre la déflation : c’est une machine à creuser les inégalités. Et quand la BCE ou la Fed achètent des obligations d’entreprises, elles ne sauvent pas l’économie réelle — elles sauvent les actionnaires. Où est la justice dans ce mécanisme ?

Deuxièmement, ils affirment que la politique monétaire est « agile » là où la politique budgétaire est « paralysée ». Mais cette agilité est une illusion dangereuse. Une banque centrale n’est pas un gouvernement fantôme. Elle n’a ni légitimité démocratique, ni mandat pour redistribuer les richesses ou orienter les investissements vers la transition écologique. Quand elle finance indirectement des programmes verts via des rachats d’obligations vertes, elle court-circuite le débat public. Pire : elle crée une fausse impression que « quelqu’un s’occupe de tout », ce qui désengage justement les États de leurs responsabilités. Si les parlements sont paralysés, la solution n’est pas de leur transférer le pouvoir à une technocratie non élue, mais de réformer la démocratie elle-même.

Enfin, nos adversaires invoquent les « chocs exogènes » — pandémies, guerres, crises climatiques — comme preuve que nous avons besoin d’un robinet monétaire toujours ouvert. Mais ici encore, ils confondent urgence et permanence. Un défibrillateur sauve une vie… mais on ne le laisse pas branché en continu. Or, depuis 2008, nous vivons dans un état de stimulation monétaire permanente, même en temps de croissance. Résultat ? Les marchés ne savent plus fonctionner sans ce filet de sécurité invisible. Chaque correction boursière devient une crise existentielle, chaque hausse de taux un drame national. C’est précisément cette dépendance que nous devons briser — non par dogmatisme, mais par souci de résilience.


Réfutation de l'équipe négative

L’équipe affirmative nous présente la création monétaire comme un poison systémique, une addiction collective qu’il faudrait arrêter d’un coup sec, comme on sevrerait un patient de sa morphine. Mais cette métaphore médicale oublie un détail crucial : le patient est encore en salle d’opération. Couper le flux maintenant, c’est risquer l’arrêt cardiaque économique.

Leur premier argument — que l’inflation frappe les pauvres — est partiellement vrai, mais profondément trompeur. Oui, l’inflation pénalise les détenteurs de cash. Mais sans les politiques monétaires accommodantes, ce sont les chômeurs, les précaires et les petites entreprises qui paieraient le prix fort. En 2020, si la Fed n’avait pas injecté des milliers de milliards, combien de restaurants, de librairies, d’artisans auraient fait faillite ? Combien de familles auraient perdu leur emploi, leur logement, leur dignité ? L’inflation est un mal, certes — mais le chômage de masse en est un bien pire. Et contrairement à ce que suggère l’affirmative, les banques centrales modernes surveillent précisément l’inflation et ajustent leurs politiques en conséquence, comme en témoigne la récente normalisation des taux.

Leur deuxième point — la distorsion des signaux de marché — repose sur une vision idéalisée du capitalisme. Ils rêvent d’un marché pur, autorégulé, où seules les entreprises « méritantes » survivraient. Mais dans un monde interconnecté, globalisé et vulnérable aux chocs systémiques, laisser « la sélection naturelle » faire son œuvre, c’est accepter des destructions massives de capital humain et productif. Les entreprises zombies ne sont pas toutes des parasites : certaines sont simplement en transition, en restructuration, ou victimes de circonstances imprévisibles. Les laisser couler sans filet, c’est sacrifier l’avenir sur l’autel d’une orthodoxie économique datant du XIXᵉ siècle.

Enfin, leur troisième argument — l’« aléa moral » — suppose que les États et les entreprises choisissent délibérément de ne pas réformer parce qu’ils comptent sur la planche à billets. Mais où est la preuve ? Les réformes structurelles — retraites, fiscalité, éducation — sont bloquées non par la facilité monétaire, mais par des conflits sociaux, des calculs électoraux, des résistances corporatistes. Blâmer la BCE pour l’immobilisme politique, c’est comme reprocher à un pompier d’arroser un incendie au lieu d’empêcher les pyromanes de sévir. La solution n’est pas de priver le pompier de son tuyau, mais de renforcer la police.

Et surtout : que proposez-vous à la place ? Un retour à l’étalon-or ? Une austérité généralisée ? Vos critiques sont pertinentes, mais votre silence sur les alternatives trahit une vision morale plus qu’économique. Dans un monde imparfait, la création monétaire n’est pas un vice — c’est le moindre mal.


Contre-interrogatoire

Contre-interrogatoire de l'équipe affirmative

Troisième orateur de l’équipe affirmative (s’adressant au premier orateur de la négative) :
Vous avez affirmé que la création monétaire évite l’effondrement en cas de crise. Mais depuis 2008, nous n’avons jamais vraiment cessé d’imprimer. Alors dites-moi : si cette politique était censée être temporaire, pourquoi est-elle devenue structurelle ? Admettez-vous qu’en normalisant l’exception, vous avez transformé le défibrillateur en perfusion quotidienne ?

Premier orateur de l’équipe négative :
Nous ne prétendons pas que toutes les politiques monétaires ont été parfaitement calibrées. Mais la permanence apparente reflète la succession de chocs réels : crise financière, pandémie, guerre en Ukraine… Ce n’est pas une addiction — c’est une réponse à un monde de plus en plus instable.

Troisième orateur de l’équipe affirmative (s’adressant au deuxième orateur de la négative) :
Très bien. Vous dites que la banque centrale agit là où les gouvernements échouent. Mais qui décide de ce que « soutenir l’économie » signifie ? Une banque centrale non élue peut-elle légitimement choisir de financer telle entreprise plutôt que telle autre, ou tel secteur vert plutôt qu’un autre, sans mandat démocratique ? Ou bien reconnaissez-vous que vous confondez efficacité technique avec légitimité politique ?

Deuxième orateur de l’équipe négative :
Les banques centrales n’arbitrent pas entre entreprises individuelles. Elles achètent des actifs généraux — obligations souveraines, titres notés — pour maintenir la liquidité du système. Leur indépendance justement les protège des pressions partisanes. Ce n’est pas un défaut de légitimité : c’est une garantie contre la démagogie budgétaire.

Troisième orateur de l’équipe affirmative (s’adressant au quatrième orateur de la négative) :
Enfin, vous invoquez les « objectifs collectifs », comme la transition verte. Mais si l’argent imprimé va majoritairement vers les marchés financiers — comme l’a montré la BCE entre 2015 et 2022, où 80 % des rachats ont profité aux grandes entreprises cotées — comment expliquez-vous que les loyers aient explosé pendant que les salaires stagnaient ? Est-ce cela, votre « soutien à l’économie réelle » ?

Quatrième orateur de l’équipe négative :
Les effets secondaires existent, oui. Mais sans ces injections, le chômage aurait atteint 15 % en zone euro en 2020. Nous ne disons pas qu’il n’y a pas de distorsions — nous disons qu’elles sont préférables à l’effondrement total. Et d’ailleurs, la BCE a désormais intégré des critères ESG dans ses achats…

Résumé du contre-interrogatoire de l’équipe affirmative
L’équipe négative a été contrainte d’admettre trois choses : premièrement, que la création monétaire n’est plus exceptionnelle, mais quasi-permanente ; deuxièmement, que les banques centrales opèrent sans contrôle démocratique direct, ce qui soulève une question de légitimité fondamentale ; troisièmement, que les bénéfices de cette politique se concentrent dans les sphères financières, creusant les inégalités. Elle invoque la nécessité, mais ne propose aucune voie pour sortir de cette dépendance. Dire « nous n’avons pas le choix » n’est pas une stratégie — c’est une reddition.


Contre-interrogatoire de l'équipe négative

Troisième orateur de l’équipe négative (s’adressant au premier orateur de l’affirmative) :
Vous réclamez l’arrêt immédiat de l’impression monétaire. Très bien. Combien de millions de chômeurs supplémentaires seriez-vous prêts à accepter en France seule pour appliquer votre doctrine ? Ou bien votre rigueur morale s’arrête-t-elle dès qu’elle touche à la réalité sociale ?

Premier orateur de l’équipe affirmative :
Nous ne demandons pas un arrêt brutal, mais une sortie progressive, accompagnée de réformes structurelles. Cependant, votre question révèle un piège : vous présentez la création monétaire comme la seule alternative au chômage de masse. Mais ce n’est pas vrai. Des politiques budgétaires ciblées, une relance de la productivité, une meilleure allocation du capital… il existe d’autres leviers. Votre vision est celle d’un monopole de la solution.

Troisième orateur de l’équipe négative (s’adressant au deuxième orateur de l’affirmative) :
Intéressant. Alors expliquez-moi : si les marchés sont si intelligents, pourquoi ont-ils besoin de bulles spéculatives pour fonctionner ? Et si la « sélection naturelle » économique est si vertueuse, pourquoi la faillite de Lehman Brothers en 2008 a-t-elle failli entraîner tout le système dans l’abîme ? Votre foi dans l’autorégulation ressemble moins à une théorie économique qu’à une prière néolibérale.

Deuxième orateur de l’équipe affirmative :
La faillite de Lehman n’était pas un échec du marché, mais un échec de la régulation. Les marchés ne sont pas parfaits — mais les interventions permanentes les rendent plus fragiles, pas moins. Ce que vous appelez « sauver le système », nous l’appelons « pétrifier les erreurs ». Une économie saine doit pouvoir absorber des chocs, pas dépendre d’un respirateur artificiel à vie.

Troisième orateur de l’équipe négative (s’adressant au quatrième orateur de l’affirmative) :
Enfin, vous critiquez l’aléa moral. Mais si les États ne réforment pas leurs systèmes, est-ce vraiment la faute de la BCE… ou celle des politiques qui préfèrent reporter les décisions impopulaires ? Accuser la banque centrale, n’est-ce pas un peu comme blâmer l’ambulance parce que le conducteur ivre n’a pas mis sa ceinture ?

Quatrième orateur de l’équipe affirmative :
Non, car l’ambulance ne donne pas au conducteur ivre une assurance tous risques gratuite ! La planche à billets encourage précisément cette irresponsabilité. Quand les taux sont à zéro pendant quinze ans, pourquoi assainir ses finances publiques ? Pourquoi moderniser son appareil productif ? Votre analogie oublie que l’ambulance, ici, paie aussi l’essence, le permis… et le prochain verre.

Résumé du contre-interrogatoire de l’équipe négative
L’équipe affirmative a été acculée à reconnaître que l’arrêt brutal de la création monétaire serait socialement catastrophique — ce qui contredit leur rhétorique de « simple discipline ». Elle n’a offert aucune feuille de route crédible pour remplacer cet outil, se contentant d’invoquer des « réformes structurelles » floues. Pire, elle persiste à croire que les marchés, laissés seuls, corrigeraient leurs propres excès, malgré l’histoire récente qui montre exactement le contraire. En somme, leur solution idéale ne résiste pas à la moindre turbulence réelle — un peu comme construire un avion sans gouvernail, au motif que « le vent devrait suffire ».


Débat libre

Premier orateur de l’équipe affirmative
Mesdames et Messieurs, l’adversaire nous dit que la planche à billets est un « dernier rempart ». Mais un rempart contre quoi ? Contre la réalité ? Depuis 2008, nous n’avons jamais cessé d’imprimer. Ce qui était censé être un traitement d’urgence est devenu notre régime alimentaire quotidien. Et comme tout régime toxique, il produit des effets secondaires : des fortunes qui explosent à Wall Street pendant que les loyers explosent à Marseille. Vous appelez ça de la « stabilité » ? Moi, j’appelle ça une trahison silencieuse de la classe moyenne.

Première oratrice de l’équipe négative
Ah, la classe moyenne ! Toujours invoquée, jamais définie. Mais permettez-moi de poser la vraie question : préférez-vous une inflation modérée ou un chômage de masse ? En 2020, quand les entreprises fermaient leurs rideaux pour la dernière fois, personne ne criait au scandale parce que la BCE achetait des obligations. On criait grâce ! Votre rigueur morale est admirable… mais elle coûterait des millions d’emplois. Dites-moi : quand vous parlez de « discipline », est-ce aux caissières ou aux actionnaires que vous pensez ?

Deuxième orateur de l’équipe affirmative
Très juste : personne n’a protesté en 2020. Parce que c’était temporaire — en théorie. Sauf que « temporaire » est devenu permanent. Et savez-vous pourquoi ? Parce que vos politiques monétaires ont rendu les gouvernements paresseux. Pourquoi réformer les retraites si la BCE finance la dette à 0 % ? Pourquoi investir dans la formation si on peut juste gonfler les marchés ? Vous avez transformé la politique économique en mode veille… et maintenant, vous vous étonnez que le moteur cale ?

Deuxième oratrice de l’équipe négative
Paresseux ? Non. Pragmatiques. Pendant que vous rêviez d’une économie « pure », le monde brûlait : pandémie, guerre en Ukraine, crise climatique. Dans ce chaos, qui a maintenu les salaires payés, les prêts disponibles, les PME à flot ? Pas vos « réformes structurelles fantômes », mais bien les banques centrales. Et quant à la légitimité démocratique : elles agissent sous mandat — stabiliser les prix, soutenir l’emploi. Ce n’est pas un coup d’État, c’est un devoir.

Troisième orateur de l’équipe affirmative
Un devoir… qui redistribue vers le haut. Car 80 % des liquidités injectées depuis 2008 sont allées aux actifs financiers. Résultat ? Le CAC 40 a doublé, mais le SMIC n’a augmenté que de 15 %. Vous appelez ça « soutenir l’emploi » ? C’est soutenir les actionnaires, pas les travailleurs. Et cette soi-disant « indépendance » des banques centrales ? Elle ressemble fort à une fuite en avant technocratique : des décisions économiques cruciales prises loin des urnes, loin des citoyens. Est-ce encore une démocratie, ou un club privé de gestionnaires de crise ?

Troisième oratrice de l’équipe négative
Ah, la démocratie ! Comme si les parlements étaient des temples de la sagesse économique. Souvenez-vous : en 2011, c’est justement le blocage politique qui a empêché toute réponse budgétaire en zone euro. Sans la BCE, l’euro aurait implosé. Alors oui, les banques centrales agissent — parce que personne d’autre ne le fait. Et quant à la redistribution : c’est aux gouvernements de taxer les plus-values, pas à la BCE de faire de la politique fiscale. Ne confondez pas le pompier avec l’incendiaire !

Quatrième orateur de l’équipe affirmative
Mais justement : tant que le pompier reste sur place, personne n’a intérêt à éteindre le feu ! Votre système entretient la dépendance. Il normalise l’exception. Et pire : il désarme la politique. Quand tout problème économique se résout par un clic sur une console de trading à Francfort, pourquoi voter ? Pourquoi débattre ? Vous avez vidé la démocratie de sa substance au nom de la « stabilité ». Or, une stabilité sans justice n’est qu’une paix de cimetière.

Quatrième oratrice de l’équipe négative
Et votre solution, c’est quoi ? Couper le robinet demain matin ? Laisser les marchés s’effondrer, les entreprises faire faillite, les familles perdre leur maison ? C’est du sadisme économique déguisé en vertu. Oui, la création monétaire n’est pas parfaite. Mais dans un monde imparfait, c’est le moindre mal. Vouloir la supprimer, ce n’est pas du courage — c’est de l’aveuglement idéologique. Car une économie sans amortisseur, c’est une voiture sans freins : belle en théorie, mortelle en pratique.


Conclusion finale

Conclusion de l’équipe affirmative

Mesdames et Messieurs,
Depuis le début de ce débat, nous avons tenu une ligne claire : cesser d’imprimer de la monnaie pour soutenir l’économie n’est pas un choix idéologique — c’est une nécessité morale, économique et démocratique.

L’équipe adverse nous a décrit un monde où la planche à billets est un bouclier héroïque contre le chaos. Mais ce bouclier, au fil du temps, est devenu une cage dorée. Il protège les marchés financiers, pas les ménages. Il sauve les actionnaires, pas les travailleurs. Il rassure les algorithmes, pas les citoyens. Et surtout, il dispense nos dirigeants de faire ce qu’ils sont élus pour faire : réformer, investir, redistribuer — avec courage, pas avec des zéros ajoutés sur un clavier de banquier central.

On nous dit que sans cette politique, ce serait le chômage, la faillite, le désordre. Mais demandons-nous : à quel prix achetons-nous cette paix apparente ?
À celui d’une jeunesse qui ne pourra jamais accéder à la propriété ?
À celui d’une inflation qui grignote le salaire minimum comme un impôt invisible ?
À celui d’une démocratie où les décisions économiques les plus cruciales sont prises par des comités techniques, loin des urnes et des débats publics ?

L’équipe négative admet elle-même que ces politiques étaient censées être temporaires… et pourtant, elles durent depuis quinze ans. Ce n’est plus de la gestion de crise : c’est de la normalisation de l’urgence. Et quand l’exception devient la règle, c’est la société tout entière qui perd son sens de la réalité.

Nous ne proposons pas de sauter dans le vide. Nous proposons de reprendre le contrôle. De redonner aux gouvernements leur rôle : taxer les profits excessifs, investir dans l’éducation et la transition écologique, encadrer la finance. Et de laisser aux banques centrales ce qu’elles font de mieux : garantir la stabilité des prix, pas celle des bulles spéculatives.

Car une économie saine ne se construit pas sur des injections infinies, mais sur des fondations solides : travail, innovation, justice.
Et c’est précisément parce que nous voulons préserver l’économie réelle — celle des boulangeries, des usines, des hôpitaux — que nous disons : arrêtons cette perfusion artificielle.
Laissons l’économie respirer… même si cela fait mal, au début.


Conclusion de l’équipe négative

Mesdames et Messieurs,
Face à une motion qui appelle à couper les vivres à notre dernier outil de stabilisation, nous tenons à affirmer avec la plus grande fermeté : non, les banques centrales ne doivent pas cesser d’imprimer de la monnaie pour soutenir l’économie — car ce serait renoncer à notre humanité en temps de crise.

L’équipe affirmative peint un tableau séduisant : une économie purifiée par la rigueur, disciplinée par la rareté, guidée par la vertu. Mais ce tableau oublie une vérité simple : les économies ne sont pas des théorèmes — elles sont faites de gens. De parents qui craignent de perdre leur emploi. D’entrepreneurs qui ont tout misé sur leur entreprise. De retraités dont l’épargne fond sous l’inflation. Et quand la tempête frappe — pandémie, guerre, krach — ce ne sont pas des principes abstraits qui les sauvent, mais des décisions rapides, audacieuses, et oui, parfois imparfaites.

On nous reproche de créer des inégalités ? Mais qui a le pouvoir de corriger les inégalités ? Ce ne sont pas les banques centrales — c’est vous, élus du peuple, législateurs, gouvernants ! La politique monétaire n’est pas un outil de redistribution ; c’est un outil de préservation. Elle empêche l’effondrement, elle ne construit pas le paradis. Confondre les deux, c’est comme blâmer une ambulance parce qu’elle ne guérit pas le cancer.

Et quant à la « dépendance » dont on parle tant : imagine-t-on sérieusement qu’un chirurgien doive jeter son scalpel parce que certains patients refusent de changer leur mode de vie ? Non. Il opère pour sauver la vie — et c’est ensuite au patient, avec ses médecins, ses proches, ses choix, de guérir durablement.

Les crises ne disparaîtront pas parce qu’on ferme les yeux. Elles reviendront — plus violentes, plus imprévisibles. Et quand elles frapperont, souhaitons-nous être armés… ou ligotés par des dogmes ?

Nous ne défendons pas l’immobilisme. Nous défendons la possibilité de respirer quand tout s’effondre autour de nous.
Parce qu’une économie sans sécurité est une économie sans espoir.
Et un monde sans espoir… n’est plus un monde où l’on veut vivre.

C’est pourquoi nous vous demandons, aujourd’hui, de rejeter cette motion.
Pas par peur du changement — mais par respect pour ceux que le changement brutal laisserait sur le bord de la route.