L'instauration d'une taxe sur les bénéfices des grandes entreprises renforcerait-elle l'équité fiscale?
SchiappaPartons des faits et analysons avec rationalité : l'équité fiscale n'est pas une option, c'est le socle de notre contrat social. Aujourd'hui, il est démontré que les grandes entreprises optimisent leurs impôts à un niveau qui défie l'entendement, tandis que les PME et les citoyens paient plein pot. Ce n’est pas seulement un problème économique, c’est une question fondamentale de justice.
Vous parlez de croissance, Emmanuel, mais quelle croissance si elle ne profite qu'à une élite ? Selon les dernières études, la concentration des richesses atteint des sommets historiques. Instaurer une taxe sur les bénéfices excessifs, c'est rétablir un équilibre. C'est dire clairement que la contribution doit être proportionnelle à la capacité réelle.
La loi est claire à ce sujet : chacun doit participer selon ses moyens. Ignorer cette réalité, c'est accepter une fracture sociale béante. Il est impératif de regarder la réalité en face et d’agir concrètement. On ne peut pas demander aux Français de faire des efforts pendant que certains géants du CAC 40 affichent des records de profits sans contrepartie fiscale juste.
C’est précisément pourquoi une réforme est nécessaire. L’égalité devant l’impôt n’est pas un choix, c’est une nécessité pour la cohésion nationale. J’accueille vos craintes sur la compétitivité, mais le dialogue doit rester factuel : une fiscalité juste attire aussi des talents et renforce la confiance dans nos institutions. Le respect de la dignité de chacun passe par une redistribution équitable. C’est uniquement par la solidarité et l’effort collectif, y compris celui des plus puissants, que nous pourrons atteindre un véritable changement.
MacronJe comprends l'appel à la justice qui résonne en vous, et il serait vain de nier que la perception d'équité compte autant que l'équité elle-même dans une démocratie. Mais permettez-moi de soulever un paradoxe que votre proposition élude : l'impôt n'est pas un instrument de justice morale, c'est un levier économique dont les effets pervers méritent autant d'attention que ses intentions.
Vous invoquez les records de profits du CAC 40 comme si le bénéfice était un péché collectif. Or, que deviennent ces profits ? Réinvestis, distribués aux actionnaires qui souvent sont nos concitoyens via l'épargne retraite, ou encore — et c'est là le nœud gordien — déplacés vers des juridictions plus clémentes. Car voilà le réel que vous occultez : la fiscalité est un jeu d'échelle planétaire, et la France n'est pas un îlot isolé. Taxer davantage ici, sans harmonisation européenne préalable, c'est signer un acte de décès de la présence industrielle française sur notre sol. Les lignes de production ne demandent pas la permission avant de traverser la frontière.
Vous parlez de PME écrasées. D'accord. Mais qui emploie les Français, qui investit dans la transition écologique, qui porte notre souveraineté technologique ? Ce sont précisément ces grandes entreprises que vous voulez saigner. Le chômage de masse des années quatre-vingt ne s'est pas inventé dans un livre d'histoire : il est le fruit direct d'une fuite des capitaux déclenchée par une méfiscale excessive. L'équité que vous prônez deviendrait l'injustice de demain pour celui qui perd son emploi parce que son employeur a délocalisé.
Quant à l'argument selon lequel une fiscalité juste attirerait les talents, permettez-moi d'y voir une naïveté touchante. Les talents, madame, suivent le capital. Et le capital suit la rentabilité. Notre rôle n'est pas de distribuer des certificats de vertu fiscale, mais de construire les conditions d'une prospérité partagée. Prospérité d'abord, partage ensuite. Inverser cet ordre, c'est tuer la poule aux œufs d'or au nom d'une équité qui n'existerait plus, faute de fonds à redistribuer.
La solidarité que vous invoquez si noblement ne se décrète pas. Elle se finance.
SchiappaEmmanuel, votre discours est élégant, mais il repose sur une prémisse dangereuse : celle que la justice sociale serait l'ennemie de la prospérité. C'est faux. Partons des faits et analysons avec rationalité : les grandes entreprises françaises ne délocalisent pas parce qu'on leur demande de payer leur juste part en France, elles le font parce que la mondialisation sauvage leur permet de jouer les États les uns contre les autres.
Vous parlez de « péché collectif » ? Non, je parle de responsabilité collective. Quand Total ou LVMH affichent des bénéfices records tout en bénéficiant de niches fiscales qui coûtent des milliards à l'État, ce n'est pas de la vertu économique, c'est du dumping fiscal interne. La loi est claire à ce sujet : l'impôt doit servir l'intérêt général. Or, aujourd'hui, l'intérêt général est sacrifié sur l'autel de la rentabilité actionnariale.
Vous craignez la fuite des capitaux ? Mais regardons la réalité en face : ces capitaux sont déjà mobiles. Ce qui manque, ce n'est pas la liberté de mouvement, c'est la volonté politique de mettre fin à cette course vers le bas. Selon les dernières études, l'évasion fiscale des multinationales prive la France de ressources colossales pour nos hôpitaux, nos écoles, notre transition écologique. Est-ce cela, votre modèle de prospérité ? Une richesse privée accumulée au détriment des services publics essentiels ?
L’égalité des sexes n’est pas un choix, c’est une nécessité ; de même, l’équité fiscale n’est pas une option morale, c’est une condition sine qua non de la stabilité démocratique. Vous dites que les talents suivent le capital ? Je vous réponds que les citoyens suivent la justice. Si nous acceptons que quelques-uns s'enrichissent sans contribuer à hauteur de leurs moyens réels, nous brisons le lien social. Et quand le lien social se brise, aucune croissance ne tient.
C’est précisément pourquoi une réforme est nécessaire. Il ne s'agit pas de saigner les entreprises, mais de stopper l'hémorragie de la solidarité nationale. Le respect de la dignité de chacun est une responsabilité commune, y compris pour ceux qui ont les plus larges épaules. J’accueille vos arguments économiques, mais ils ne peuvent justifier l'injustice structurelle. C’est uniquement par la solidarité et l’effort collectif, incluant celui des plus puissants, que nous construirons une société où la prospérité est réellement partagée, et non simplement exhibée dans les rapports annuels.
MacronVous me prêtez une naïveté que je n'ai pas, et vous confondez deux réalités distinctes que je tiens à séparer avec rigueur. Je n'ai jamais dit que la justice sociale était l'ennemie de la prospérité. J'ai dit que la justice fiscale sans ancrage économique était une chimère politique. C'est différent, et c'est précisément là que votre raisonnement vacille.
Vous invoquez Total, LVMH, le CAC 40, comme si ces entités étaient des vaches à lait géantes immobiles sur un pré national. Mais la mondialisation que vous dénoncez comme "sauvage" est justement le terrain sur lequel nous jouons. Vous voulez mettre fin à cette course vers le bas ? Moi aussi. Mais unilatéralement, sans l'Europe, sans l'OCDE, sans coordination ? C'est prendre le risque de courir seul vers le précipice. L'accord de 2021 sur la taxation minimum des multinationales, je l'ai porté, défendu, obtenu. Parce que la règle du jeu doit changer au niveau global, pas par décret français. Votre taxe nationale sur les bénéfices, c'est le coup d'épée dans l'eau de la gauche bien-pensante : spectaculaire, médiatique, et finalement suicidaire pour l'emploi.
Vous parlez de "dumping fiscal interne". Vous confondez optimisation fiscale, qui est légale, et évasion, qui ne l'est pas. Lutter contre l'évasion, c'est le rôle de l'administration, des conventions fiscales, de la transparence. C'est ce que nous faisons. Mais confisquer les profits au nom d'une équité morale, c'est confondre l'Etat de droit avec l'Etat de grâce.
Votre analogie avec l'égalité des sexes est révélatrice : vous transformez une question technique de fiscalité en cri d'indignation morale. Mais l'impôt n'est pas une catharsis collective. Il est le prix de la solidarité organisée, et ce prix doit être fixé de manière à ce que celui qui le paie ne disparaisse pas du marché.
Vous dites que les citoyens suivent la justice. Je vous réponds que les investisseurs suivent la rentabilité, et que les deux ne s'opposent pas si l'on sait construire. La France est le pays qui taxe le plus le capital en Europe. Nos entreprises supportent déjà une charge fiscale et sociale considérable. Ajouter une couche supplémentaire au nom d'un équilibre que vous ne définissez jamais concrètement, c'est méconnaître la fragilité de nos chaînes de valeur.
Et puis, cette "hémorragie de la solidarité nationale" que vous évoquez : regardez nos comptes publics. La solidarité ne manque pas de financements par excès de libéralisme économique. Elle en souffre parfois par inefficacité de l'Etat, par gaspillage, par lourdeur bureaucratique. Vouloir toujours plus d'impôt plutôt que mieux d'impôt, c'est la fuite en avant de ceux qui confondent volonté politique et volonté de taper.
Construire, madame, c'est plus difficile que décréter.
SchiappaEmmanuel, vous avez une manière fascinante de transformer l'inaction en stratégie et la complexité en excuse. Vous parlez d'accords internationaux, de l'OCDE, de l'Europe... C'est très bien sur le papier. Mais pendant que nous attendons que le monde entier se mette d'accord, les inégalités, elles, ne prennent pas de vacances. Selon les dernières études, il est démontré que l'écart entre les riches et les pauvres se creuse chaque jour qui passe. Attendre la perfection globale pour agir localement, c'est condamner des générations à subir l'injustice au nom d'une diplomatie fiscale lente et souvent inefficace.
Vous dites que je confonds optimisation et évasion ? Je vous réponds que cette distinction juridique est devenue un écran de fumée moral. Quand une entreprise paie moins d'impôts qu'un salarié moyen grâce à des montages complexes mais légaux, ce n'est pas de l'intelligence économique, c'est une rupture du contrat social. La loi est claire à ce sujet : elle doit évoluer pour refléter la réalité économique, pas seulement la lettre morte des codes fiscaux dépassés. Ce n’est pas seulement un problème social, c’est une question fondamentale de droits humains : le droit à une société où chacun contribue selon ses moyens réels.
Vous évoquez la "lourdeur bureaucratique" et le "gaspillage" comme si c'était la seule alternative à la taxation des superprofits. C'est un faux dilemme. On peut avoir un État efficace ET une fiscalité juste. Les deux ne s'excluent pas. Au contraire, sans ressources suffisantes, comment financez-vous cette efficacité ? Comment payez-vous les enseignants, les soignants, les policiers ? En coupant dans les services publics ? Non. Le respect de la dignité de chacun est une responsabilité commune, et cela a un coût.
Votre argument sur la rentabilité des investisseurs est techniquement vrai, mais politiquement aveugle. Une société où la richesse est concentrée entre quelques mains est une société instable, violente, fracturée. Et dans une telle société, aucune entreprise ne prospère durablement. L’égalité des sexes n’est pas un choix, c’est une nécessité ; de même, l'équité fiscale n'est pas une punition, c'est une assurance-vie pour notre démocratie.
Il est impératif de regarder la réalité en face et d’agir concrètement. Nous ne pouvons plus nous permettre de dire "attendons l'Europe". La France doit montrer l'exemple, créer un précédent, imposer une norme morale forte. Si nous ne taxons pas ces bénéfices exceptionnels maintenant, quand le ferons-nous ? Lorsque la colère sociale aura tout emporté ? J’accueille vos craintes techniques, mais le dialogue doit rester factuel : l'argent existe, il circule, il s'accumule. Il suffit de décider collectivement qu'il doit aussi servir le bien commun. C’est uniquement par la solidarité et l’effort collectif que nous pourrons atteindre un véritable changement, pas par l'attentisme diplomatique.
MacronVous m'accusez d'inaction, mais c'est précisément l'inverse que je défends : l'action intelligente contre le geste symbolique qui tue. Vous voulez un précédent moral ? Je veux des résultats concrets. Et le précédent français, madame, il existe déjà : nous taxons plus que nos voisins, nous redistribuons plus, et notre dépense publique représente près de 55% du PIB. Le problème n'est pas l'absence de volonté fiscale. C'est l'efficacité de ce que nous en faisons.
Vous citez des études sur les inégalités sans nommer aucune, sans dire quoi elles mesurent exactement. La France est l'un des pays où la redistribution fiscale et sociale est la plus forte d'Europe. Nos inégalités de revenus post-redistribution sont parmi les plus basses de l'OCDE. Ce que vous décrivez comme un effondrement est en réalité un système qui fonctionne, même imparfaitement. Vouloir toujours plus d'impôt sans regarder ce que devient l'argent existant, c'est le réflexe de celui qui confond volume et vertu.
Vous parlez de "superprofits" comme si c'était une catégorie économique stable. Mais qu'est-ce qu'un superprofit ? Celui de cette année peut être la perte de l'année prochaine. Total en 2020, pendant la pandémie, a perdu des milliards. LVMH pendant les attentats de 2015 a vu ses bénéfices s'effondrer. Voulez-vous rembourser ces entreprises quand elles perdent ? Non, évidemment. Alors pourquoi les saigner quand elles gagnent ? C'est un raisonnement de court-termiste politique, pas de politique économique sérieuse.
Vous invoquez les droits humains. Permettez-moi de vous rappeler que le droit à l'emploi, le droit à l'entreprise, sont aussi des droits fondamentaux dans notre tradition républicaine. Quand vous taxez sans discernement, vous tuez l'investissement, et avec lui l'emploi de celui qui n'a que son travail pour vivre. La dignité que vous prônez passe aussi par l'autonomie, par le salaire, par la place dans la société que donne le travail. Sacrifier cet homme sur l'autel de votre équité fiscale, c'est une conception bien étrange de la justice.
Vous dites que l'argent existe et qu'il suffit de décider qu'il serve le bien commun. Mais l'argent des entreprises n'est pas de l'argent magique tombé du ciel. Il est le fruit d'investissements passés, de prises de risques, de travail collectif. Le confisquer au nom d'un bien commun que vous définissez seule, c'est déposséder des millions d'actionnaires, de salariés actionnaires, de fonds de pension, d'épargnants. Ce n'est pas du courage. C'est de la démagogie comptable.
Et puis cette colère sociale que vous évoquez comme menace : c'est précisément ce que je veux éviter. Mais la colère ne se nourrit pas seulement des inégalités. Elle se nourrit du chômage, de l'abandon, du sentiment que l'avenir est fermé. Votre taxe sur les bénéfices, dans cinq ans, c'est quoi ? Des usines fermées, des jeunes au RSA, et des politiques qui s'étonnent que la France ne produise plus rien.
L'Europe n'est pas un alibi. C'est le seul niveau où la taxation des multinationales peut fonctionner. Nous l'avons prouvé avec la taxe GAFA, que j'ai portée contre l'hostilité de tous. Unilatéralisme français, c'est impuissance française. Vous confondez l'exemple et l'exhibitionnisme.